Un miroir de l’évolution du monde

Christian Laporte Publié le - Mis à jour le

Politique

Alors que la nouvelle saison démarre le 22 octobre avec une conférence de Raphaël Enthoven, l’équipe des Grandes Conférences catholiques (GCC) a tenu à prolonger la célébration du 80e anniversaire de sa fondation en 1931 par quatre étudiants catholiques à l’esprit ouvert. Pareille commémoration se devait d’être doublée d’une trace tangible pour les générations futures. Rien de tel qu’un livre-mémorial comme au bon vieux temps de la galaxie Gutenberg même à l’heure de celle de Zuckerberg...

Mercredi, au Cercle Gaulois à Bruxelles, Me Emmanuel Cornu, entouré de plusieurs membres du comité de direction et de fidèles parmi les fidèles des GCC comme l’ancien directeur de la rédaction de "La Libre" Jacques Franck ou le ministre d’Etat Mark Eyskens, a donc présenté un très bel album commémoratif intitulé "Tribune de vérités" dont la rédaction a été confiée à notre collègue Eric de Bellefroid.

Ce dernier aurait pu se contenter de consulter les archives des GCC ou de légender le riche patrimoine photographique de ces huit décennies mais en journaliste éclairé et écrivain ouvert aux grands débats qui agitent la planète, il a voulu dépasser ces rendez-vous très prisés du gratin intellectuel belge pour aller à la rencontre d’une série de personnalités qui connaissent bien cette institution bruxelloise (mais très belge et même internationale à en juger par l’origine géographique de ses abonnés, de toutes les régions belges mais aussi du nord de la France) pour nous en narrer aussi l’esprit.

Car elles ont beau s’appeler les Grandes Conférences catholiques, si elles portent incontestablement le sceau de la pensée chrétienne et de l’évolution de l’Eglise, elles sont aussi depuis leur naissance un haut-lieu de dialogue et de recherche de sens. Ce qui était du reste le vœu pour ne pas dire le programme de Jean Demaret, Edmond Limbourg, Maurice Zech et Jacques Veldekens, "ces quatre jeunes dans le vent" à la base des rencontres. Une flamme entretenue avec ferveur ensuite sous les présidences du baron Verbruggen, de Geroges-Albert Dal et actuellement d’Emmanuel Cornu.

La grande richesse de l’album d’Eric de Bellefroid est d’avoir situé en permanence l’aventure des Grandes Conférences dans le contexte belge mais en ne négligeant pas les grands événements mondiaux qui n’ont cessé d’une manière ou d’une autre de les influencer.

Ainsi l’émotion s’emparera du lecteur lorsqu’il rappelle la venue de François Mauriac à la tribune, le 15 novembre 1945. Le grand écrivain émut l’assemblée en disant que "c’est la voix de la France blessée qui vous parle". Mais il y eut d’autres moments inoubliables comme la venue à la fin de l’hiver 54 de l’abbé Pierre. Celui-ci avait tellement impressionné l’auditoire qu’à l’issue de l’exposé, il y eut une collecte spontanée où l’on trouva des billets mais aussi des bijoux dans les corbeilles... Souvent, les Grandes Conférences catholiques ont participé à l’actualité et l’ont même faite. Quinze jours avant les législatives de 1978, c’est à Bruxelles que Margaret Thatcher a levé le voile sur son programme de gouvernement. Mieux encore, présenté en début de saison comme Premier ministre belge, c’est en président du Conseil européen que Herman Van Rompuy est monté à la tribune en 2010. La vie des Grandes Conférences fut aussi émaillée d’incidents cocasses comme cette conférence d’un prince danois qui en 1934, pris de boisson, provoqua la stupéfaction du roi Léopold III et de la reine Astrid. Plus près de nous, les habitués se souviennent d’un exposé magistral de Mark Eyskens qui avait remplacé au pied levé le Premier ministre Yves Leterme qui venait d’annoncer aux organisateurs par un SMS qu’il ne pourrait venir... En bon observateur du "Globalistan", on retrouvera avec beaucoup de plaisir son diagnostic sur la société actuelle dans l’album...

Ah oui, encore un scoop...: le dernier orateur de la saison qui s’ouvre sera finalement le ministre français de l’Intérieur Manuel Valls.

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