Politique

L’historien Dominique Hanson dirige, depuis avril 2008, le musée de l’Armée au Cinquantenaire, à Bruxelles. Le temps de prendre ses marques, il veut passer à l’action et amener de nouveaux visiteurs au musée de l’Armée sans négliger son public d’habitués.

Après une carrière comme enseignant à l'Ecole des sous-officiers de Saffraanberg (St-Trond), vous relevez un fameux défi...

Historien issu de l’ULg, j’ai participé au concours de recrutement et de sélection pour la désignation d’un top manager au Cinquantenaire. Dans la description de fonction, j’ai vu un signal pour que l’on dote le MRA d’une nouvelle forme de direction qui irait dans le sens d’une gestion plus moderne, ce qui n’enlève rien aux qualités du travail fourni auparavant. J’ai voulu relever le défi. Le Saffraanberg m’a apporté beaucoup de joie, mais ayant passé le cap des 55 ans, j’ai voulu aller voir ailleurs pour me réaliser autrement.

Comment vous est apparu le MRA ?

C’est une institution qui a connu une longue transition vers une approche plus moderne. Trop longue, puisque de nombreux jeunes chercheurs sont partis ! Et elle avait perdu de sa vitalité. Ce fut dur de faire bouger une machine aussi lourde, mais le bateau a pris la mer, la haute mer, même

Le rythme de croisière est en vue ?

Notre nouveau schéma accorde une large part à des expositions temporaires, car on vise aussi un nouveau public. Sans voir trop grand : on a monté une petite exposition autour de la Brigade Piron à l’occasion du 65e anniversaire de la Libération. On y découvre ce qu’il faut savoir sur son épopée, mais aussi certains effets personnels de Piron et un écran projette des images de la Libération de Bruxelles. Mais, en parallèle, il y a un second espace plus intimiste pour des expositions qui font réfléchir au sens de la guerre. S’achève ainsi une exposition de photos de Virginie Cornet, où cette jeune artiste a montré sa vision de l’horreur de la guerre en travaillant sur des portraits de soldats de 1914-1918. En même temps, il y aura des expositions susceptibles d’attirer des publics plus larges que ceux qui s’intéressent à l’histoire militaire ou à l’armée. Début octobre s’ouvrira "Chienne de guerre", une vision plurielle sur le rôle des animaux dans la guerre. Pour ce type d’initiative, il y a l’espace de la Halle Bordiau. L’objectif est aussi d’impliquer davantage les visiteurs. On prépare ainsi une exposition sur le camp militaire de Vogelsang (Allemagne) où des générations de jeunes Belges se sont succédé entre 1950 et 1990. Mais, depuis lors, le camp a été fermé, les lieux sont vides, la peinture s’écaille. Par le contraste entre les périodes, le visiteur sera amené à se positionner. Autre projet : une exposition sur le rata, sur le contenu des gamelles, entendez : sur la nourriture à l’armée. On n’est donc plus dans une vision purement militaire, voire militariste, mais l’armée reste notre core business. Là où jadis on montrait les batailles à un visiteur passif, il deviendra de plus en plus un acteur de sa visite.

Un musée de l'Armée a-t-il encore du sens ?

Branchez-vous sur le JT : la guerre y est omniprésente, mais terriblement banalisée. A nous de montrer que la réalité est bien plus terrible. Pas question de faire l’apologie de la guerre, comme cela a pu être le cas jadis, mais faire réfléchir le visiteur à réfléchir en lui montrant un casque percé de trous des balles, une prothèse de bras arraché au combat. Et puis, notre mission est aussi de répondre au devoir de mémoire. Par respect pour les "anciens", mais aussi pour montrer aux jeunes que l’Histoire repasse les plats si l’on n’y prend garde. Nous allons terminer le parcours sur la Seconde Guerre mondiale, de la Libération de la Belgique à celle de l’Europe.

Cela nécessite des moyens ?

Mais l’on ne sait pas assez que nous disposons de réserves et de collections qui nous permettraient de nous renouveler. Nous avons une collection de 450 blindés à Kapellen et à Vissenaken. On est cependant dans la norme : un musée digne de ce nom dépasse les 10 % en pièces exposées, nous atteignons les 14 % !

Qu'allez-vous faire de vos salles traditionnelles qui désolent les muséologues ?

On va rouvrir la salle des armures ! Mais en la dotant d’une scénographie moderne, avec un recours à l’audiovisuel. Quant à notre salle historique, elle a fait l’objet d’un colloque d’une journée. Il faut dire que sa conception date de 1923. Si, pour le passant, elle peut sembler surchargée, poussiéreuse et en butte aux aléas de la déglingue des pièces, une enquête a fait ressortir qu’il y avait autant de visiteurs étrangers que belges. Nous maintiendrons, dès lors, une partie de la salle dans son état originel. Ce sera un musée dans le musée : voilà comment, il y a 80 ans, on mettait en valeur nos pièces rares ! Reste que l’on est confronté au terrible problème des écarts de température : chaleur et froidure dégradent irrémédiablement des documents, mais aussi des uniformes et des étendards.