Politique

Dans la « déprime » qui s’est abattue sur la Belgique ces derniers mois, il y a eu l’épisode des fuites d’eau de pluie dans les salles Rubens du musée des Beaux-Arts, les photos dans la presse avec des seaux au milieu des visiteurs et l’état encore plus pitoyable du musée du Cinquantenaire.

Jan Jambon, (N-VA), vice-Premier ministre et ministre responsable de la Régie des bâtiments dépose ce vendredi en Conseil des ministres une note générale sur la rénovation urgente des bâtiments du musée des Beaux-arts et sur ceux du parc du Cinquantenaire (Musée du Cinquantenaire, Irpa -Institut royal du patrimoine artistique-, musée de l’armée, Autoworld). Au total, un plan de 145,1 millions d’euros qui s’étalerait jusque fin 2020 pour l’essentiel. Avec d’abord, une phase urgente de réparation et rénovation des toitures portant sur 35,9 millions.

Des montants qui seraient essentiellement à charge de Beliris (l’accord de financement de Bruxelles par le fédéral). Beliris, qui dépend de Didier Reynders (MR) co-signataire de la note, prendrait 110,6 millions à sa charge, la Régie des bâtiments prenant elle, les 34,4 millions restant.

L’urgence des toits

Jan Jambon demandera à ses collègues d’approuver d’abord le financement des travaux les plus urgents, ceux de la réparation des toits. Ceux-ci sont en très mauvais état et il en coûtera 11,3 millions pour réparer ceux du musée du Cinquantenaire, 15,2 millions pour ceux du musée de l’armée, 4,1 millions pour les toits de l’Autoworld (bâtiment appartenant à l’Etat), et encore 5,3 millions d’euros pour les toits du musée des Beaux-arts, rue de la Régence. Tous ces travaux de toiture devraient être achevés en 2017.

Jan Jambon propose aussi de lancer déjà l’étude d’un Master plan plus général pour la rénovation de ces musées (coût : 1,04 millions). Les études plus détaillées et les travaux ne seraient décidés qu’ensuite, étape par étape, en fonction du Master plan.

Les estimations globales pour ces travaux (94 millions hors toits) étant faites actuellement de manière « grossière ». Pour le musée du Cinquantenaire par exemple, une estimation générale est faite (toits plus rénovation) d’un coût de 2500 euros le mètre carré pour une surface totale de 40000 mètres carrés et on obtient alors cent millions.

Les plus gros travaux de rénovation auraient lieu en 2019 et 2020.

Dans ce plan général, il est prévu aussi de réaffecter le bâtiment actuellement vide, « Dynastie », sur le Mont des Arts pour en faire une vitrine des Etablissements scientifiques fédéraux au rez-de-chaussée et à l’étage, les bureaux de la future agence spatiale belge.

Et les « clusters ?

Le futur Master plan permettra d’affiner les besoins et les coûts, car l’état des lieux semble tel que les coûts annoncés sont peut-être sous-estimés. Pour le musée des Beaux-arts par exemple, prévoir au total, 19 millions est peut-être trop court pour les toits, la rénovation du bâtiment et la réinstallation du musée d’Art moderne toujours fermé dans les « extensions ».

Cette note de Jan Jambon ne reprend pas d’autres grands travaux en cours comme la rénovation et l’agrandissement du musée de Tervuren, déjà budgété avec un emprunt couvert par l’Etat (65 millions).

Notons aussi que deux grandes institutions muséales ne sont pas reprises dans la note : le museum des sciences naturelles et la Bibliothèque royale qui ont pourtant aussi de grands besoins dans leurs bâtiments respectifs (mesures de sécurité, amélioration des performances énergétiques). Ils peuvent craindre d’être exclus des investissements jusqu’en 2020.

Elle n’évoque pas non plus les conséquences possibles de la réforme des Etablissements scientifiques fédéraux préparée par Elke Sleurs (N-VA). La secrétaire d’Etat à la politique scientifique veut accorder l’autonomie de gestion aux dix établissements scientifiques fédéraux et les regrouper ensuite en deux « clusters », ayant le statut de sociétés anonymes à finalité sociale avec, pour chacun, un seul conseil d’administration ouvert aux régions, un seul directeur-général, un seul service d’appui et un contrat de gestion avec l’Etat.

Il y aurait sans doute un « cluster » regroupant les trois établissements du plateau d’Uccle (IRM, Observatoire, IAS) et un autre regroupant la culture (les musées, la Bibliothèque royale, les archives, Irpa). Mais la présence du musée des Sciences naturelles et du musée de Tervuren dans ce « cluster » doit encore être précisée. Ils pourraient aller dans le « cluster science ».


Au cas par cas

Le plus gros chantier est indéniablement le musée du Cinquantenaire (Art et Histoire) qui semble être la priorité du gouvernement. « Le musée a besoin d’une rénovation en profondeur et urgente », écrit la note, y compris pour « la sécurité et l’électricité ». Total : 92,6 millions. Notons que la note n’évoque pas les travaux déjà en cours au pavillon chinois et à la tour japonaise à Laeken, dépendant du Cinquantenaire.

Le bâtiment de l’Irpa situé dans le parc, près du Cinquantenaire, présenterait « des dommages divers à cause d’une occupation anormale mais qui ne met pas en danger la stabilité du bâtiment ». Estimation « grossière » du coût de rénovation : 8 millions.

Pour l’Autoworld et le musée de l’armée (dépendant du ministre de la Défense), le problème est dans les toits. Et le plan ne prévoit que la rénovation de ceux-ci, mais pour 19 millions au total. Rien n’est dit pour la rénovation et l’aménagement du musée proprement dit.

Le musée des Beaux-arts reçoit une explication plus longue dans le projet de Jan Jambon. On y souligne qu’à cause des travaux de désamiantage, l’espace possible pour le musée a été fortement réduit et qu’on ne peut y présenter que 21 % des collections. Deux tiers des primitifs flamands, la collection hollandaise, les tapisseries, l’Art moderne et contemporain par exemple ne sont plus visibles.

Les besoins sont donc nombreux, depuis les toits jusqu’aux divers travaux de sécurité, de poses de filtres UV, de climatisation, de pose de caméras de surveillance, d’électricité, l’optimisation des ascenseurs. On évoque aussi la création d’un cabinet des estampes mais il existe déjà.

La note Jan Jambon, en phase avec les propos d’Elke Sleurs, répète que toutes les collections du musée doivent rester dans un seul bâtiment « pour ne pas perdre la continuité de l’art dans notre pays ». Pas question donc d’installer le musée d’Art moderne ailleurs, comme dans les anciens magasins Vanderborght.

La réaffectation du bâtiment Dynastie au Mont-des-arts qui doit encore être précisée, coûterait 5 millions.