Politique

Ce n’est un secret pour personne : l’industrie musicale est dans la tourmente, et celle-ci est largement provoquée par la dématérialisation des supports et le téléchargement illégal. Les ventes de disques chutent de manière vertigineuse - le marché a diminué de 60 pc en six ans en Belgique. Les métiers de la musique sont en pleine mutation. Face à ce constat, la ministre de la Culture Fadila Laanan (PS) a déposé un plan de vingt mesures destinées à soutenir le secteur en Communauté française. Point de révolution et de gros moyens là derrière, certes. Même si l’on note que le budget affecté aux musiques non classiques, de 3,225 millions d’euros en 2010, a plus que doublé en six ans. Il s’agit surtout du renforcement, de la réorientation ou de la mise en évidence de mesures existantes. Objectif : améliorer la visibilité et le professionnalisme des artistes et productions.

Survol du plan (une synthèse est disponible sur www.laanan.cfwb.be). Au préalable, la ministre indique qu’elle entend mettre la question du téléchargement illégal à l’agenda européen sous la présidence belge.

Mieux cibler les aides à la production musicale (actuellement 50 à 60 disques par an) et à sa promotion (aujourd’hui +/- 2 000 € par sortie d’album). Il s’agit d’aider moins de productions, mais mieux. "Selon des professionnels du secteur, la promotion de la production discographique d’un artiste de qualité s’élève à 20000 €", cite Fadila Laanan.

L’aide à la réalisation de clips vidéo, qui trouvent dans le net un nouveau canal, devrait aussi être amplifiée. Il s’agirait de revoir les montants actuellement alloués (limités à 4200 €). Et, ajoute celle qui est aussi ministre de l’Audiovisuel, de développer leur présence sur les douze télévisions locales.

Soutenir les labels indépendants et les agences artistiques. Des aides structurelles sont allouées aux uns (15 maisons de disque reçoivent de 4 000 € à 208 402 €) et aux autres (7 agences, de 5 000 à 12 000 €). A côté de cela, il s’agit de les aider à maintenir leur volume d’emploi, menacé par la crise. Et ce, en sollicitant des aides régionales (emplois ACS à Bruxelles et APE en Wallonie).

Plusieurs mesures visent, par ailleurs, à développer et professionnaliser les concerts, un pan de la musique qui, quant à lui, ne se porte pas trop mal. L’aide à la résidence et à la création de spectacles, qui fournit à l’artiste un encadrement et une infrastructure de qualité, est une pratique encore trop peu répandue, note ainsi la ministre.

Des incitants financiers à la diffusion en salles sont aussi envisagés, pour certains genres (chanson, musiques urbaines ) ou pour des concerts qui peinent à tourner en raison de leur coût (plus de 2500 €). Côté scène toujours, la ministre annonce la mise à disposition gratuite de nouveau matériel (sonorisation et scènes amovibles), ou encore le renforcement du réseau de diffusion Club Plasma avec l’ajout d’une salle en Brabant wallon (La Ferme du Biéreau).

La professionnalisation du métier de manager, utile à l’artiste notamment pour s’exporter au-delà de la Communauté française, mais rare (car peu rentable), est un autre point de ce plan un peu fourre-tout. Et le seul qui soit pour l’heure assorti d’un budget (50000 €).

A propos de sous, la ministre se mobilise pour que la Communauté encaisse la part des rémunérations pour copie privée qui lui est due. Notons encore l’annonce d’une campagne de sensibilisation au téléchargement. Et le lancement, en juin, de la plateforme "Larsen" de streaming (écoute), véritable catalogue en ligne des artistes de la Communauté française, accessible à tous gratuitement.