«Une Europe fondée sur sa culture»

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Politique

Ce lundi, un grand appel international a été remis à Romano Prodi, demandant que la culture ait enfin sa vraie place au sein de l'Europe. Nous publions ci-dessous le texte intégral:

«L'Europe est une certaine idée de l'homme, avant même la création d'un système de gouvernement», Giorgio Strehler (Le Monde, 6 juin 1979).«Au moment où l'Union européenne accueille dix nouveaux pays, nous, artistes et responsables culturels européens, souhaitons adresser un appel aux chefs d'Etat et de gouvernement ainsi qu'aux institutions européennes.

Notre monde affronte une crise grave : l'écart entre pays riches et pays pauvres ne cesse de se creuser, des centaines de millions de personnes vivent dans des conditions intolérables, de profondes inégalités affectent les pays développés, une grande incertitude pèse sur l'avenir écologique de la planète, le développement du terrorisme et le recours à la violence accroissent l'insécurité. Dans de nombreux pays, les intégrismes détruisent la liberté de pensée et d'expression. Loin de résoudre ces problèmes, la guerre ne fait que les exacerber. Le monde serait en droit d'attendre que l'Union européenne constitue un pôle fort, uni, qu'elle soit écoutée comme une autorité morale. Or, manifestement, l'Europe ne joue pas le rôle qui devrait être le sien. Elle entretient l'illusion que l'Union est d'abord une affaire économique et monétaire, elle semble coupée de son passé et tiraillée par des forces aveugles, alors qu'elle devrait apparaître comme un projet fondé sur un héritage.

Certes, une Constitution européenne va être adoptée, des élections générales vont avoir lieu à un niveau européen, des citoyens ont des recours contre l'arbitraire de leur propre Etat, des études commencées dans une université européenne peuvent être poursuivies dans une autre université européenne. Ce sont là des événements d'une portée considérable. Cependant, ils se font jour dans l'indifférence presque générale. Comme si l'Europe n'arrivait pas à donner d'elle-même un sens, ou à se montrer autrement que comme une bureaucratie supra-nationale.

Héritiers d'Homère

En tant que citoyens européens, nous sommes tous les héritiers d'Homère et de Virgile, de Van Eyck et de Michel-Ange, de Shakespeare et de Cervantès, de Bach et Mozart, de Flaubert et de Kafka, de Picasso et de Yourcenar... Leur art a façonné une culture qui nous transmet un passé commun, des références communes, qui a contribué à l'émergence des valeurs démocratiques. Cette identité européenne que nous partageons tous est bien antérieure à la construction politique de l'Europe moderne. Depuis des siècles, les échanges artistiques et culturels ont dépassé les frontières nationales et les barrières linguistiques, ils ont permis de surmonter les divisions et de guérir les blessures provoquées par les conflits les plus sanglants.

Il nous appartient de transmettre aujourd'hui cet héritage aux générations futures, de l'entretenir, de l'enrichir. La démocratie ne se réduit pas à des institutions ni même à un mode d'organisation. Elle s'éteint si elle n'est pas animée par les forces de l'esprit, de l'art, de la recherche. Si l'Europe de la production et de la consommation devait l'emporter sur l'Europe comme civilisation, si l'Europe comme grand marché devait se substituer à l'Europe comme projet politique et culturel, la crise mondiale pourrait culminer dans un affrontement entre les forces de l'intégrisme et celles du matérialisme. Cet affrontement pourrait se révéler aussi douloureux et destructeur que les pires événements qui ont frappé l'humanité au siècle dernier.

C'est pourquoi:

1 Nous invitons les chefs d'Etat et de gouvernement des 25 Etats membres à adopter une Constitution européenne qui soit un véritable projet de civilisation fondé sur notre héritage culturel et nos valeurs communes de démocratie, liberté, respect des droits de l'homme et dignité humaine. Les objectifs d'ordre économique doivent à cet égard être considérés plus comme des moyens que comme des fins en soi.

2 Nous demandons aux gouvernements des 25 et aux institutions européennes de faire preuve d'une véritable volonté politique commune, de mettre en oeuvre un projet européen ambitieux, susceptible de renforcer l'identité culturelle de l'Europe faite d'unité et de diversité. L'Europe tout entière doit devenir un espace vivant, dynamique d'échanges et de créations, favorisant la circulation des idées, des oeuvres et de leurs créateurs.

3 Conscients que certains projets indispensables au renforcement de l'Union n'entraîneront pas immédiatement l'adhésion de la totalité des Etats membres, nous invitons les pays les plus engagés dans le processus unificateur à prendre des initiatives nouvelles, audacieuses et fédératrices, afin de faire avancer la cause européenne, en particulier dans sa dimension culturelle. Nous invitons également les artistes et responsables culturels à jouer un rôle actif et visible dans le soutien à une Europe de la culture. Ce renforcement de l'unité européenne ne contredit en rien la diversité culturelle : il doit au contraire la protéger et la renforcer. En outre, une réelle ambition commune est nécessaire pour conjurer sur notre continent les dérives communautaires et les flambées nationalistes. Il en va de même pour le monde : dans le dialogue des cultures qui s'impose avec urgence à toute la planète, l'Europe doit remplir le rôle qu'elle est aujourd'hui seule à pouvoir jouer. C'est une obligation morale et historique.»

© La Libre Belgique 2004





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