Vers des "pôles": art, espace, documentation

Analyse, Guy Duplat Publié le - Mis à jour le

Politique

Nos grandes institutions culturelles et scientifiques fédérales (musées, Bibliothèque royale, Archives du Royaume, Observatoire, Monnaie, Bozar, etc.) peuvent souffler, la réforme de l’Etat ne semble pas prévoir de régionalisation pour eux. Ils restent nationaux. Mais l’enjeu des prochains jours est tout aussi crucial. C’est de leur avenir qu’il est question. La Monnaie a déjà sonné l’alarme en disant que ce serait dramatique pour elle si elle se voyait imposer la même règle de 15 % de diminution des frais de personnel qu’on annonce à la fonction publique. Philippe Mettens, le président de la Politique scientifiqu, voudrait bien placer dans la prochaine déclaration gouvernementale des points très précis. Revue des enjeux.

1Les nominations. Quatre sur les dix établissements scientifiques fédéraux (ESF) sont dirigés par des intérimaires, des faisants fonction (ff). A l’IRM (Institut royal météorologique), Henri Malcorps est parti il y a huit mois déjà et les cinq départements de l’IRM sont tous dirigés par des "ff" ! Direction intérimaire aussi à l’Institut d’aéronomie spatiale (IAS) et à l’Irpa (le patrimoine artistique). Au musée du Cinquantenaire, Michel Draguet, par ailleurs directeur du musée des Beaux-arts, a été nommé "ff" il y a quinze mois ! La procédure de remplacement n’a été initiée et achevée que pour le Cinquantenaire. Le jury du Selor a choisi ex aequo Constantin Chariot et Michel Draguet, mais il est quasi certain que la proposition finale faite par Philippe Mettens, après entretien avec les deux candidats, porte sur le seul nom de Draguet. Ce sera au prochain ministre à décider. Pour les trois autres ESF, même la procédure d’appel à candidatures n’a pas encore été lancée, car Mettens semble vouloir attendre d’abord une réforme de l’organisation même des ESF.

2Cette réforme a été approuvée mercredi, "à l’unanimité", dit Mettens, par le comité de direction des ESF. Elle prévoit la mise en place de trois pôles : un "pôle art" avec le musée des Beaux-arts, le Cinquantenaire et l’Irpa, un "pôle espace" avec les trois institutions du plateau d’Uccle (IRM, Observatoire royal, IAS) et un "pôle documentation" avec la Bibliothèque royale et les Archives générales du Royaume. Ces pôles doivent faciliter des synergies, des économies d’échelles, des échanges de parties de collections, etc. De quoi, estime-t-on, pouvoir mieux résister aux économies prochaines. Mais il n’est pas question de fusion et chaque institution garderait une direction opérationnelle spécifique. On ne parle plus de "coupoles" mais c’est un peu la même chose. On sait que Michel Draguet a conditionné sa candidature au Cinquantenaire, en plus du musée des Beaux-arts, à la mise en place de tels pôles dont il pourrait diriger le "pôle art" (Ronald Van der Linden, directeur de l’Observatoire et néerlandophone, dirigerait alors le "pôle espace"). Mais le débat entre l’autonomie de chaque institution et les synergies annoncées reste très délicat. Philippe Mettens voudrait cependant bien que le principe de tels pôles soit acté dans la prochaine déclaration gouvernementale.

3A cela s’ajoute le dossier de la fermeture sine die du musée d’Art moderne et d’un éventuel nouveau musée d’Art moderne et contemporain à construire à Bruxelles grâce au mécénat et, si possible, sur la trémie du parc du Cinquantenaire. Le sujet, à nouveau, est très "chaud". Mais la pression est forte. Un article dans le "International Herald Tribune" parlait de Bruxelles comme d’une ville dynamique en art contemporain mais pointait négativement la fermeture sine die du musée d’Art moderne. De plus en plus de voix se font entendre en ce sens et Philippe Mettens, comme Michel Draguet, veulent y répondre en avançant sur ce projet de musée. Mettens voudrait bien que la déclaration gouvernementale l’évoque par une phrase qui serait un signal favorable, très utile quand il s’agira de trouver des mécènes éventuels. La déconfiture de Dexia pourrait apporter des arguments à ce projet. La fabuleuse collection d’art belge de Dexia (plus de 4 500 œuvres) appartient à la banque Dexia Belgique, propriété aujourd’hui de l’Etat fédéral belge. Pour éviter qu’un jour, la collection ne soit vendue ou démantelée en même temps que la banque belge serait vendue, l’Etat fédéral pourrait changer le statut juridique de la collection (en une ASBL par exemple), avant de la transférer à des musées belges. Des grands musées flamands (Anvers, Bruges, Gand) seraient certainement candidats. Mais le financement du rachat de Dexia ayant été fédéral, on pourrait aussi décider que la collection reste fédérale et soit un des points forts du futur musée. Mais encore faut-il alors qu’il existe. Quoi qu’il en soit, la décision appartiendra au futur conseil d’administration de Dexia Belgique qui aura à répondre à une demande éventuelle en ce sens du futur ministre fédéral de la politique scientifique.

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