Scènes

Dans "Trans (més enllà)", Didier Ruiz expose les témoignages de sept personnes transgenre. Mais on n’a plus l’émotion d’Alain Platel dans "Gardenia".

Cette année, comme on le sait, Olivier Py, directeur du Festival d'Avignon, a pris la question du genre comme thème. Tous les spectacles ne l’évoquent pas, loin de là, mais c’est le cas de "Trans (més enllà)" de Didier Ruiz. Il avait déjà créé un spectacle autour de l’enfermement en prison. Il a voulu continuer en donnant la parole à d’autres « invisibles », qui ont vécu un autre emprisonnement à l’intérieur d’un corps qu’ils ne reconnaissaient pas comme le leur. La société, la famille, la culture, l’éducation nous obligent à être en accord avec ce corps. Mais le genre n’est pas binaire homme/femme. Il y a de nombreuses variantes qui ne le réduisent pas à ce qu’on a entre les jambes.

Ces réalités sont encore difficiles à vivre pour ceux qui ont eut le courage ou la folie d’entamer les lourdes procédures médicales, sociales, légales pour changer de sexe.

© Christophe Raynaud de Lage / Festival d'Avignon

Il règne autour de ce thème une curiosité malsaine que ce spectacle déjoue en donnant la parole tout simplement à sept transexuel(le)s: six Catalans de Barcelone et un Français.

Le dispositif est d’une simplicité biblique: ils (elles) viennent sur scène et racontent leur histoire. Souvent avec humour, toujours avec amour et tendresse. Jean Genêt disait que les transsexuels sont des « révolutionnaires, des figures des résistance » en ce qu’ils casseraient les codes de la société patriarcale. Sur scène, on ne voit pas des révolutionnaires mais des hommes et femmes comme les autres. Au début, on tente bien de voir les traces de leur première identité sexuelle, de traquer leur « étrangeté », puis, on les écoute tout simplement.

Si le propos est généreux et courageux de la part de ceux (celles) qui témoignent sans aucun exhibitionnisme, cela reste du théâtre purement documentaire. On rêve à ce qu’un Jérôme Bel eût pu en faire et on se souvient d’Alain Platel présentant à Avignon, en 2010, « Gardenia » sur une idée de la formidable actrice transsexuelle Vanessa Van Durme, qui avait interprété sa propre vie dans le bouleversant "Regarde maman, je danse".

« Gardenia » avait une toute autre force, c’était joué par un groupe d’amis de Vanessa, tous travestis ou transsexuels, déjà âgés (entre 55 et 65 ans), ne cachant rien de leur âge, de leurs transformations physiques, mais en nous donnant à voir une formidable humanité. Platel prenait dans ses bras ces travestis et transsexuels plein des cicatrices de l’existence, mais aussi plein de leur beauté, de leurs musiques, et leurs joies. Chez Ruiz, il n’y a pas cette émotion.

  • Festival d’Avignon, jusqu’au 24 juillet - www.festival-avignon.com