Scènes Deuxième édition du festival Les Unes fois d’un soir à Huy. Avec un retour aux fondamentaux.

Sous les pavés, les artistes, férus, eux aussi, d’espace public, fût-il de béton plutôt que de sable fin. Il n’aura pas fallu longtemps, après mai 68, pour que le théâtre subisse lui aussi une vraie révolution. Avec comme premier grand rendez-vous, Aurillac. Bien au-delà de sa forme artistique, tellement caractéristique, le théâtre de rue défend une philosophie, une gratuité qui signifie l’accès à la culture pour tous et une présence physique en centre-ville, ou village, qui crée d’emblée une certaine proximité. Une réappropriation de l’espace, aussi. Pour les directeurs de festivals de rue, il s’agit, en outre, d’organiser le désordre.

Ce théâtre-là, en tout cas, vous sort directement de votre zone de confort, vous force parfois à côtoyer votre voisin de près, à grimper sur les toits d’une maison pour y voir, à déambuler dans la ville sans savoir où les saltimbanques vous mèneront, à lâcher prise et à redécouvrir la cité, celle que vous avez soudain le droit de vous approprier. "Oyez, oyez, braves gens…" Ne négligeons pas la portée de cet appel.

Un appel essentiel aux yeux des Unes fois d’un soir, le festival de théâtre de rue qui, l’an dernier, a migré de Ath à Huy, ville a priori bourgeoise, heureuse pourtant de s’encanailler un peu.

La première édition fut un succès, avec une participation d’environ 5 000 personnes, des spectacles dans des recoins inattendus, un beau finale en fanfare, au sens propre comme au figuré, sur la Grand-Place de Huy - et une météo des plus clémentes !

Haranguer les foules

Pour cette deuxième édition à Huy, qui se passe en collaboration avec Latitude 50, pôle des arts du cirque et de la rue, Les Unes fois d’un soir veut se rapprocher plus encore des fondamentaux du théâtre de rue, celui qui oblige à haranguer les foules.

"Pour moi, ‘Leaving Normal par les Néerlandais Woest incarne bien le théâtre de rue, nous dit Luc De Groeve, le fondateur du festival. Ce road-movie théâtral et chorégraphique, décale légèrement le monde vers ce qu’il pourrait être, avec imagination, poésie et surréalisme. Il s’agit de l’exemple le plus emblématique de la demande actuelle par rapport aux arts de la rue. Les gens qui suivent ce spectacle ont rendez-vous à la piscine et ne savent pas où ils iront. On ne coupe pas la circulation. On joue avec elle. Le côté déambulatoire inquiète un peu le public. Il faut s’éloigner du centre-ville. C’est certes moins confortable que de s’asseoir dans un théâtre mais c’est cela aussi qui est intéressant. Le public a évolué depuis les débuts des arts de la rue."

Cependant, la vitalité du secteur est palpable. Même le National s’ouvre à la rue et programme, dans son week-end d’ouverture, "Walking thérapie" de la Cie Victor B, dont Fabrice Murgia a assuré la direction d’acteurs. Ce spectacle, qui a fait un tabac à Spa, se jouera aussi aux Unes fois d’un soir. En tout, une vingtaine de créations animeront la ville. Pour pas un sou.

Huy, le 23 septembre. Infos : www.1x1soir.be