Scènes

Depuis quelques années, l’auteure, comédienne et metteure en scène Céline Delbecq s’attache à évoquer des sujets forts, voire dérangeants. Après le thème du suicide dans "Eclipse totale", elle met en scène "Abîme", sur la question de l’accompagnement en fin de vie, un spectacle-performance du Rideau de Bruxelles accueilli à l’Atelier 210 d’une intensité remarquable. Bien loin de tout didactisme ou de réalisme, ses créations frôlent souvent la poésie et laissent une marge d’imaginaire au spectateur qui s’approprie l’histoire, la mort étant universelle.

C’est une triste histoire personnelle qui a poussé Céline Delbecq à écrire le texte d’"Abîme", des bribes de texte plutôt, car ici le corps prend plus d’ampleur que les mots. Elle écrit, à propos du spectacle : " Il s’est imposé à nous, avec son grand sourire des jours tristes et nous l’avons accueilli comme on aurait pu accueillir un animal blessé ."

Deux corps

Sur scène, Aurélien Van Trimpont et Charlotte Villalonga. Lui, c’est le corps malade, le corps faible, elle, le corps fort, sain, en vie. En harmonie, leurs corps s’assemblent dans une danse envoûtante, tantôt impétueuse, tantôt douce, mais toujours l’un des deux perd le rythme, se détache et nécessite le soutien de l’autre. Ce n’est pas la mort, c’est la fin de la vie pour lui et dans ses derniers instants, il insuffle de l’énergie à celle qui restera, désemparée. Elle s’interroge : que dire ? Que faire ? Lui dire qu’elle ne veut pas qu’il meure ? Que tout ira bien ? Que veut-il entendre ? Est-ce que quelqu’un est déjà sorti des soins palliatifs ? Elle raconte par bribes les dizaines de séances de rayons, les IRM et les scanners, les examens puis la chimio, elle raconte la maladie qui gagne, l’esprit qui s’égare, la mémoire qui vacille, cette cuillère qu’il cherche à gauche alors qu’elle est à droite, la force qui s’évanouit quand il ne peut plus soulever une chaise, son frémissement quand le café chaud tremble au-dessus de son torse. Et puis, sur la puissante musique du groupe Woodkid, les comédiens dansent et portent avec leurs corps et leurs visages la douleur, la peur, l’amour, le déchirement. Ensemble, ils traduisent l’impatience, l’impuissance, l’attente et le désespoir dans un élan rageur rarement apaisé. A la fin, il y a la colère puis l’immense tristesse.

Charlotte Villalonga et Aurélien Van Trimpont sont terriblement touchants dans cette performance brève (trop ?), simple et percutante, où ils investissent tout leur cœur avec un naturel désarmant.

Bruxelles, Atelier 210, jusqu’au samedi 28 mars. Durée : environ 45 minutes. Infos & rés. : 02.732.25.98; www.atelier210.be; www.rideaudebruxelles.be

Une rencontre-débat sera proposée chaque soir à l’issue de la représentation avec l’équipe de création et Palliabru.