Alarmiste, pas fataliste

M.Ba. Publié le - Mis à jour le

Scènes

Du 9 au 31 mai, à Bruxelles, dans une vingtaine de lieux, théâtres, centres d'art, espaces publics, le Kunstenfestivaldesarts 2008 déploiera 31 projets, dont quinze créations. Un programme éclectique, "avec la conscience d'un tout", souligne Christophe Slagmuylder, directeur artistique du festival : "Il y a des résonances dans la cohabitation de ces projets divers, une cohérence a posteriori. C'est un puzzle : les premières pièces, posées un peu au hasard, créent une image qui sera complétée par les dernières." Cette "ligne", ces "résonances" font se côtoyer "des projets alarmistes, la notion de catastrophe, de disparition. Mais j'espère que ce n'est pas un festival fataliste. Nommer la catastrophe, c'est agir, réagir. Là dessous, il y a la menace écologique, mais aussi la fin possible d'une civilisation, d'un pays, d'une nation unie. Ce n'est pas intentionnel, mais il serait faux de dire que ça ne nous a pas interpellés..."

D'ici et d'ailleurs

L'exception

Le regard, lors de ce Kunstenfestivaldesarts, se portera notamment vers de jeunes créateurs du Japon, d'Inde, de Singapour, d'Océanie... Au travers de leurs propositions, des questions d'identité. Ainsi William Yang, né en Australie de parents chinois, n'est allé en Chine qu'adulte. Photographe et formidable raconteur, il dit de l'image et du verbe la transformation phénoménale d'un pays, mais aussi le sentiment d'"en être" tout en étant d'ailleurs.

Sans pouvoir tout citer, restons en Océanie avec Lemi Ponifasio, Néo-Zélandais, qui, avec "Tempest II", utilise Shakespeare pour parler du post-colonialisme. Et repartons vers l'Asie. De Singapour, dont il retraçait les origines dans une formidable "conférence" en 2006, Ho Tzu-Nyen s'essaie au théâtre, en interroge la forme et les moyens, avec les deux premiers volets du "King Lear Project", créés à Bruxelles. Le Japonais Toshiki Okada, révélation de l'édition 2007, sonde dans "Free Time" (notre illustration) la valeur de ce temps qu'on s'accorde, dans une forme et un langage très personnels.

Du côté de l'Inde, Rehaan Engineer, dans "Doctrine (How To Survive Under Siege)" tente de créer un espace commun pour les acteurs (deux Indiens, deux Belges, transmetteurs, et ici pas de surtitres) et le public, malgré leurs différences. Quant aux Berlinois de Rimini Protokoll, ils créent "Call Cutta In a Box" sur le thème des call-centers du bout du monde où des anonymes résolvent nos petits problèmes. Un bureau, un téléphone, un spectateur... et le spectacle commence.

On se réjouit de retrouver le théâtre de l'Argentine Beatriz Catani, avec "Finales", nuit blanche et réflexion sur la fin; ou celui de l'Iranien Amir Reza Koohestani, qui avec "Quartet : a Journey To North" tutoie le documentaire et recherche un mobile au meurtre : pourquoi tue-t-on son semblable ? On soulignera aussi, côté danse, la présence de Bruno Beltrão et sa conjonction miraculeuse de streetdance et de danse contemporaine, ou de Thomas Hauert, dont la Cie ZOO a dix ans et crée "Accords", une recherche de l'unisson improvisé.

De Grèce, dont on sait si peu de la création contemporaine, Michael Marmarinos et son Theseum Ensemble arrivent avec "Dying As a Country" - pour lequel la production recrutera quelque 150 figurants bruxellois. Basé sur l'histoire récente du pays, le texte, en lambeaux, passe de corps en corps...

La communauté, d'esprit, de langue, d'aspirations, est une des questions qui traversent le KFA 08. "Cet aspect politique qu'avait le festival dès le début, bicommunautaire, bruxellois, international, revient maintenant sous des formes artistiques. Symboliquement, c'est assez fort", analyse Roger Christmann, directeur administratif d'un festival renommé, certes, mais toujours à défendre : ce "grand projet participatif". Fataliste ? Certainement pas.

M.Ba.

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