"Amor", où image et corps traduisent l’inouï

Marie Baudet Publié le - Mis à jour le

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Le nouvel opus de Michèle Anne De Mey et Jaco Van Dormael : plongée dans l’extra-ordinaire. Critique.

Création du Studio TN, "Amor" est né cette semaine et va tourner - à Namur, à Mons, et ailleurs. Dans la grande salle du National, l’adhésion est massive face à cet opus tissé de magie, d’illusion, de poésie visuelle, de chorégraphie bien sûr, pour dire le réel infini de ce qu’a traversé Michèle Anne De Mey, ce jour de février 2016 où, après une longue promenade dans le froid extrême et une nuit de fièvre, elle tombe dans un bref coma à l’aéroport de Toronto. 

© Hubert Amiel

Cette EMI ou expérience de la mort imminente, la danseuse et chorégraphe la décrit avec une sorte de ferveur. La lumière, la chaleur, l’amour surtout qui règnent dans cet endroit ("le plus fort où j’ai jamais été") d’où l’on ne revient que rarement. Et d’où elle est revenue.

Un ailleurs bien réel

Faisant suite au phénomène "Kiss & Cry" et sa danse des doigts, le spectacle précédent de Jaco Van Dormael et Michèle Anne De Mey, "Cold Blood", évoquait sous la plume de Thomas Gunzig, et avec les merveilleux effets de nanodanse et de cinéma en direct, sept passages de vie à trépas. Le spectacle venait de voir le jour et tournait déjà, au Canada donc, lorsque survint cet épisode d’exception, ce plongeon dans l’extra-ordinaire que la chorégraphe qualifie pourtant de "beaucoup plus réel que le réel".


Le glissement lent, la blancheur, le flottement, les présences évanescentes, la décorporation : "Amor" traduit l’inouï en une succession de tableaux où la créativité en images de Jaco épouse le geste de Michèle Anne : tantôt pur et joyeux, tantôt suspendu - dans d’étourdissantes scènes de lévitation, réglées par Fatou Traoré -, tantôt bouleversant de fragilité.

Si c’est bien la danse qu’on regarde ici - ainsi que le soulignait le cinéaste et metteur en scène alors qu’il travaillait à ce "spectacle à voir avec les yeux, pas à travers une caméra" -, elle s’inscrit, précieuse, précise, grave et tendre, dans un univers visuel extrêmement construit. Scénographie (Sylvie Olivé), lumières (Nicolas Olivier), vidéo (Giacinto Caponio), son (Boris Cekevda), musique (une bande-son où se côtoient entre autres Scarlatti, Bellini, Vivaldi, Messiaen, Rameau, mais aussi Hans Zimmer et Jimmy Scott, sans oublier plusieurs versions de "Dido’s Lament" du "Didon et Enée" de Purcell) se conjuguent aux atmosphères ciselées par le cinéaste. Une silhouette qui se multiplie, des fenêtres ouvrant sur d’autres possibles… Sans jamais effacer le corps, central, dans cette pièce qui, non seulement belle, rend accessible à tous la danse contemporaine. 

© Hubert Amiel


Marie Baudet

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