Scènes

Michiel Vandevelde n’est pas qu’un jeune (27 ans) danseur et chorégraphe sorti de l’école Parts d’Anne Teresa de Keersmaeker. Il est aussi commissaire d’expositions, écrivain, activiste politique et artistique et il cite volontiers des philosophes, d’Alain Badiou à Kant (son père est philosophe).

Pour cinq ans, il est artiste en résidence au Kaaitheater à Bruxelles qui présentait mercredi soir sa dernière création, un solo, « Andrade », interprété par la danseuse Bryana Fritz.

Une pièce qui se présente comme un concept inspiré du célèbre manifeste anthropophage publiée en 1928 au Brésil par le poète et essayiste Oswald de Andrade. Face à l’invasion culturelle (et donc politique aussi) du modèle américain et européen, il proposait non pas de refuser cette arrivée mais de la manger, de la digérer pour en recracher une culture brésilienne neuve qui tient compte à la fois du passé brésilien et de la modernité.

Ce concept peut-il s’appliquer à nos pays aujourd’hui, envahis par une culture mainstream, people, commerciale, voulue par les majors américains et les intérêts commerciaux? Cette culture matraquée et si puissante nous mange-t-elle ou pouvons-nous au contraire, la digérer ?

Le spectacle commence par de la musique Pop, puis arrive la danseuse. La musique devient un mix de tous ces « hits » d’aujourd’hui, de Beyonce à Madonna, mais coupés, broyés, mixés, non reconnaissables. Et la gestuelle de la danseuse suit le même parcours de « digestion » des gestes des clips et des pistes de danse qui sont à leur tour coupés, broyés. Finalement, la danseuse disparaît ne laissant qu’une lampe éblouissant les spectateurs. Ce « mélange » est aussi celui de tous les spectacles précédents de Michel Vandevelde.

Un thème plus intellectuel que vraiment convaincant et dont on peine un peu à suivre le fil, même si cela donne lieu à des gestes et des mouvements neufs, originaux, avec une explosivité particulière.

© Clara Hermans