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avant-propos

La position du missionnaire

guy duplat

Mis en ligne le 14/12/2007

"Missie" (avec surtitres en français) créé ce soir au KVS. Un spectacle qui parle des missionnaires aujourd'hui au Congo et qui fait sensation déjà en Flandre.

rencontre

C'est la première fois, dit-on au KVS (le Théâtre royal flamand de Bruxelles) qu'un spectacle suscite tant de réactions avant même sa création. Les demandes d'interview de journaux, magazines et télés sont nombreuses pour tenter de comprendre "Missie", un nouveau "docu-spectacle" créé à partir de vendredi (avec surtitres en français). Pourquoi David Van Reybrouck, jeune écrivain, chroniqueur au "Morgen", athée, s'est-il intéressé à un tel sujet ? Qu'ont encore à nous dire les missionnaires à l'heure d'une Flandre et d'une Belgique sécularisées ?

Une autre Flandre

David Van Reybrouck est un historien contemporain, attaché à l'histoire récente du Congo et aussi écrivain. Il a rédigé avec Jan Goossens, directeur du KVS, un recueil d'essais sur l'avenir de la Belgique et les replis trop frileux de la Flandre. Il a rencontré au Congo quinze missionnaires belges parmi les 500 à 1000 qui restent sur place et les a longuement interrogés. Et il a imaginé l'histoire d'un missionnaire dans l'est du Congo, à Goma, qui a assisté à tous les massacres des guerres récentes et qui, un soir, fait le point sur sa vie, son engagement, ses aventures, ses découragements, ses crises. Un spectacle qui démarre par l'évocation des guerres.

Le rôle est interprété par Bruno Vanden Broecke, une vraie star en Flandre.

"J'avais envie, raconte David Van Reybrouck, de redresser l'image de missionnaires ridicules, ringards, incarnant le passé colonial. Cette vision caricaturale nie la dimension de l'engagement de ces hommes et femmes. Ma mère me reproche d'être athée, mais, si je ne crois pas en Dieu, je ne suis pas un 'incroyant', je crois dans ces missionnaires. Cela m'intéressait aussi de parler d'une page de la Flandre, lorsqu'elle n'était pas aussi nombriliste qu'aujour- d'hui. L'intérêt que Missie suscite en Flandre montre bien qu'une partie de la population reste ouverte, généreuse, solidaire. C'est cette Flandre qui avait nommé le père Damien comme personnalité du siècle."

À côté de lui se trouve un de ces missionnaires, Jo Deneckere, 62 ans, quasi le plus jeune au Congo. Une force de la nature qui étonnamment respire la joie, alors qu'il a vécu à Bunia, en plein Ituri, des drames atroces. "J'étais le seul encore à rester là pendant les moments les plus chauds de la guerre, alors que tous les humanitaires et la Monuc étaient partis. Je suis resté par nécessité, pour accueillir les réfugiés en fuite. En Ituri, on ne fait pas de prosélytisme, on ne cherche pas à convertir les gens en leur parlant d'emblée de Jésus comme ces sectes qui prolifèrent. Notre travail d'entraide se substitue à un État absent : on s'occupe d'écoles, d'hôpitaux, etc."

Jo Deneckere, missionnaire d'Afrique (on disait jadis père blanc), a vu l'horreur et la peur. On a vidé des kalachnikovs à ses oreilles. Des gens qu'il connaissait sont devenus victimes ou bourreaux. Il a vu des combattants manger le foie de leur ennemi mort. "Quand on a vu au Rwanda que l'Église avait formé des assassins, cela rend humble."

Question de choix

"J'ai voulu, enchaîne l'auteur, montrer un homme qui a fait un choix de longue durée et qui en accepte toutes les conséquences. J'ai 36 ans, j'appartiens à une génération qui change de métier tous les 3 ans et de femme tous les 4 ans. Une génération de l'abondance qui ne fait plus de choix fondamental. C'est fascinant de voir la liberté qui naît d'un choix et de renoncements radicaux."

"C'est vrai, confirme Jo Deneckere, que malgré les drames que j'ai vus - il y a eu 50000 morts en Ituri entre 1996 et 2003 ! -, on est fondamentalement heureux dans ce travail, sinon on partirait, c'est clair." "L'engagement des missionnaires me rappelle, souligne David Van Reybrouck, celui de l'écrivain dans l'écriture. Finalement, le sens du spectacle c'est aussi ça : la recherche du sens."

L'auteur embraie sur la crise belge qu'il déplore. "Chez ces missionnaires, il y a une générosité qu'on ne retrouve plus ici. Entre Yves Leterme et Jo Deneckere, je choisis ce dernier. J'enrage quand je vois que la crise coûtera plus cher que le budget annuel du Congo."

"Missie", du 14 au 23 décembre, surtitré en français, au KVS, Bruxelles. Tél. 02.210.11.12.

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