Abonnez-vous a La Libre Belgique

critique

La beauté inquiétante de la folie

Camille Perotti

Mis en ligne le 04/10/2008

Une mise en scène onirique de "Lenz" de Georg Büchner par Nathalie Mauger.

Nathalie Mauger avait été fort remarquée en 1999 pour sa mise en scène de "La Nuit des Rois" de Shakespeare représenté en Belgique et en France. Avec "Lenz", elle développe un travail commencé en 1997 avec la représentation de la tragédie romaine "Thyeste" de Sénèque. Un travail théâtral fondé sur "la dimension mentale du processus de perception et de symbolisation", note-t-elle. Une intention qui magnifie le texte de Büchner, homme de lettres et médecin, auteur de la pièce maintes fois représentée "Woyzeck". La vie seule de Georg Büchner (1813-1837), mort à l'âge de 24 ans, pourrait donner lieu à un drame romantique, mais il a préféré s'inspirer d'un autre dramaturge pour la rédaction de sa nouvelle "Lenz". Le jeune écrivain, proche de Goethe, animé d'une conscience politique importante - comme Büchner qui fut contraint de s'exiler en Suisse à cause de ses opinions socialistes - se sent envahir par la folie. Pour soigner les défaillances de son âme, il se réfugie en Alsace, chez un pasteur et sa femme, les Oberlin.

Dans ce texte fragmenté et inachevé comme la plupart des écrits de Georg Büchner, les thèmes du romantisme allemand sont réunis : l'errance, la spiritualité, l'aliénation lente mais inexorable de l'esprit du poète, la communion avec la nature.

C'est d'abord à cette nature que l'on pense quand la lumière éclaire peu à peu la scène de la Fabrik à Herstal. Le très grand plateau, lisse, gris, se structure de plusieurs éléments, des rochers, une table, une croix de bois, une cabane grillagée, des bacs remplis de sable, de paille et d'eau. On entend l'eau qui jaillit et s'écoule accompagnée de quelques notes de piano. Un espace, déjà, en déséquilibre, minéral. L'eau, comme un leitmotiv, joue un rôle important ; toujours, les personnages y reviennent, particulièrement Lenz comme si ce liquide insaisissable symbolisait la fuite de sa conscience.

Le poète, heurté par la société capitaliste en devenir se sent de plus en plus à l'étroit dans ce monde. Une incompréhension, un malaise qui se ressent dans le corps blessé, "traversé, déchiré, construit et déconstruit par les jaillissements du texte" écrit la metteur en scène. La fragmentation factuelle - du texte - et symbolique - mentale - se caractérise par les silences aussi importants, aussi significatifs que la parole.

C'est vers cette recherche de représentation de l'inconscient déconstruit et de l'étrangeté chère à Antonin Artaud que Nathalie Mauger tend. Et réussit. "Lenz" dégage une beauté inquiétante due à l'extraordinaire travail du jeu corporel des trois excellents acteurs, Mathilde Lefèvre, Luc Brumagne et Pietro Varrasso. Une précision qui a quelque chose de monstrueux dans la mesure où la réalité s'efface dans le vertige de la folie. Teintée de surréalisme, la symbolisation est extrême, beaucoup échappe à la perception mais ce glissement constitue l'essence de l'adaptation de "Lenz" par Nathalie Mauger.

Herstal, la Fabrik, jusqu'au 11 octobre. De 9 à 16 €. Durée: 1h20 env. Tél. 04.342.00.00, Web www.theatredelaplace.be

Autres Informations

À ne pas manquer

SUPERBOWL

Madonna superstar du Superbowl : découvrez sa prestation épatante.

Voyages

Destinations exclusives et parcours culturels.

Emploi

Trouvez un job

Facebook

Haut de page