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entretien
Agnès Jaoui en cuisine
Laurence Bertels
Mis en ligne le 28/11/2008
Entretien
Où se livrent les secrets, les espoirs, les colères et les détresses? En cuisine, pardi, entre la bisque et la purée de marrons, la dinde et la galantine, le Coulomniers et le misérable. De mise pour les fêtes, et adaptée pour la circonstance, la pièce culte d’Agnès Jaoui et de Jean-Pierre Bacri sera à l’affiche de Wolubilis dès ce 28novembre. Empruntée à la fameuse maxime de Flaubert, "être présent partout et visible nulle part", la philosophie de Jaoui et Bacri a séduit le metteur en scène belge Daniel Hanssens. D’où son choix de "Cuisine et dépendances" avec, entre autres, Pascal Racan et Isabelle Paternotte. L’occasion d’en reparler, au téléphone, avec Agnès Jaoui.
Cette comédie grinçante a inauguré l'ère Jaoui-Bacri...
En effet. Elle a été le déclencheur de tout et a marqué le début de ma liberté d’adulte, d’être humain. Pourtant, quand on s’est mis à écrire, je n’y croyais pas tant que ça. Jean-Pierre avait déjà écrit une pièce de théâtre, "Grain de sable", qui était très bien. Moi, j’écrivais juste mon journal. On a donc commencé puis on a laissé notre projet de côté, car c’était difficile, et on est partis en vacances. A notre retour, j’ai repris le texte et je ne l’ai pas trouvé si mal
Qu'aviez-vous envie de dire ?
Il y avait deux thèmes explicites. D’abord celui de la majorité. Comme l’Abbé Pierre dont on ne peut absolument pas dire du mal. Tout cela nous agaçait prodigieusement. Ensuite, la célébrité, devenue la nouvelle aristocratie. A cette époque, Jean-Pierre était célèbre et moi pas. J’en avais assez d’être la femme du mec connu qui n’existe plus. C’est d’une violence incroyable et c’était insupportable. Il y a, d’une manière générale, un grand mépris pour les gens qui ne sont pas connus et l’on n’est personne lorsqu’on est aux côtés d’une célébrité.
Votre pièce se déroule dans la cuisine. C'est là que tout se dit ?
Mes parents habitaient un appartement hausmanien avec une cuisine au fond du couloir pour que le personnel y ait accès par une porte séparée. C’est là que les masques tombaient, qu’il y avait la vraie vie. Les contraintes, en outre, sont souvent très créatives.
Vous avez imaginé des retrouvailles entre amis après dix ans d'absence. Un moment délicat ?
Surtout si l’un deux est devenu très riche ou célèbre, cela remet les autres en question. On avait envie d’en parler, Jean-Pierre et moi, mais on n’imaginait pas rencontrer et réjouir un si large public. Ce fut une expérience très forte.
Votre pièce n'a cependant pas tout de suite été acceptée...
Beaucoup de directeurs de théâtre trouvaient qu’il manquait un acte, que ce n’était pas très intéressant. Seul Jérôme Hulot, administrateur du Théâtre Montparnasse, y a cru.
Le passage au grand écran fut d'autant plus inattendu...
J’y avais déjà pensé mais que d’autres y pensent pour nous était une preuve de confiance.
Derrière votre humour se cache souvent une note désespérée. Un sentiment qui vous habite ?
Je suis plutôt hypersensible. La nature humaine me bouleverse et me réjouit.
Vous aimez filmer la médiocrité et la rendre attachante...
Les bons et les méchants, les nuls et les pas nuls, je n’y crois pas. On est tous plein de contradictions et cette complexité m’intéresse.
Quel est, à vos yeux, le personnage le plus attachant de "Cuisine et dépendances" ?
Deux personnages sont la parole de l’auteur: Georges et Charlotte. Nous étions d’accord avec eux. Pourtant, de nombreuses personnes n’ont pas du tout aimé Georges. Ils trouvaient que c’était un loser insupportable. Les gens m’en parlaient comme s’ils l’avaient créé alors je les laissais dire car ils s’étaient approprié le personnage. Il y a un gouffre énorme entre ce que vous voulez dire et ce qui est ressenti.
Quels sont les moments forts de la pièce ?
J’aime beaucoup la dernière scène et le discours sur le retard, le mépris et la prise de pouvoir qu’il engendre. J’aime aussi la scène dans laquelle Zabou pleure en disant qu’elle a raté sa vie, qu’elle voudrait être dans le monde, qu’elle est une bourgeoise qui ne trouve pas de sens à sa vie.
Le thème de votre prochain film ?
J’ai envie d’un conte de fées.
A Wolubilis, du 28novembre au 7décembre; au Théâtre royal de Namur, du 8 au 14décembre; au Centre culturel d’Uccle, du 16 au décembre au 3janvier. Rés.: tél. 070.75.42.42 ou Web www.ticketnet.be
Infos: Web www.argan42.be
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