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Disparition
Jo Rensonnet, ambassadeur du public
Philip Tirard
Mis en ligne le 28/03/2009
Le hasard fait mal les choses. Nous avions rencontré Jo Rensonnet voici un mois jour pour jour, dans sa modeste mais charmante maison en bordure de la forêt de Soignes. Assis dans un fauteuil planté au beau milieu de son living, comme un bouffon royal qui aurait définitivement pris la place du monarque, il nous parla pendant plusieurs heures. De sa voix basse mais si expressive, avec ses inimitables inflexions liégeoises et sa mine triste à la Buster Keaton, il avait évoqué sa longue et riche carrière au théâtre, mais aussi à la télévision et au cinéma. Un regard rétrospectif, car il avait tourné la page.
"J’ai décidé d’arrêter définitivement de jouer en 2007, annonçait-il sans ambages. Vous savez, la vie n’est pas tendre avec les comiques. Si un tragédien peut se survivre, un clown doit être absolument au sommet en permanence, sinon c’est la chute assurée. Il n’y a pas de milieu ni de compromis possible dans le comique." Il n’a donc pas voulu mourir en scène, comme Molière ou comme le grand Calvero dans "Les Feux de la rampe" de Chaplin
Né en 1938 dans un petit village à une quinzaine de kilomètres de Liège, fils d’un facteur promu employé communal, Jo Rensonnet se découvre la vocation dès l’école gardienne : il fascine ses petits camarades par sa faconde et sa drôlerie. Pourtant, la guerre le marque sans ménagement : une bombe volante détruit la maison familiale et, en 1944, âgé de six ans à peine, il est forcé d’assister à l’exécution d’otages par les SS. "Je suis un clown triste, mais pudique", insistait-il. Ses parents se saignent pour lui payer des études supérieures en psychopédagogie à Liège. C’est là que le futur instituteur rejoint le Théâtre universitaire. "J’ai eu deux grandes chances dans ma vie, affirmait-il, à la fois modeste et provocateur : mon physique ingrat et l’absence de toute formation d’acteur. Je suis entré dans la profession à cause de mon service militaire." Le milicien Rensonnet (quinze mois de service à l’époque) se voit engagé par Guy Lesire, comédien et metteur en scène, comme "speaker" à la radio du service Welfare des forces armées. Revenu à la vie civile, il enseigne pendant un an ou deux, sans grande conviction. Il retrouve ses amis comédiens au Théâtre de l’Etuve de Pol Deranne.
Très vite, Rensonnet se sent un peu à l’étroit dans les rôles de boulevard où il excelle pourtant. Guy Lesire le met en scène dans la création mondiale de "Poivre de Cayenne" de René de Obaldia, dont il fait la connaissance à cette occasion. Le directeur du Théâtre national, Jacques Huisman, voit le spectacle, auditionne Rensonnet ("Ce sera la seule audition de ma carrière", précise l’acteur) et l’engage séance tenante.
Entré au National par la grande porte en 1963, l’acteur y devint rapidement une des figures de prédilection des spectateurs. Il y créa d’innombrables rôles, notamment dans le répertoire anglais contemporain. Il reçut l’Eve du Théâtre en 1969 pour son personnage dans "Un jour de la mort de la petite plante" de Peter Nichols. Mais on ne l’a pas oublié dans "Nous ferons de vous des hommes" d’Arnold Wesker, "Santé publique" de Peter Nichols, "Jeu, set et match" d’Anthony Shaffer, "Quatre à quatre" d’Alan Ayckbourn, "Silence en coulisses" de Michael Frayn ou encore "Histoire d’un cheval" d’après Tolstoï, etc.
Cet artiste sans pareil, que Jacques Huisman qualifiait d’ "ambassadeur du public sur la scène" - "Je suis très fier qu’il ait dit ça de moi ; je le prends comme un titre de noblesse", confiait-il avec gravité - fut aussi un des piliers du Festival de Spa où il se produisit dans plus de 70 spectacles différents. Cet écorché vif créa aussi deux textes de sa main, "Comptes de Wallonie" et "Pas de titre, ça coûte trop cher !"
Très affecté par la rupture avec le Théâtre national sous la direction de Jean-Claude Drouot, Jo Rensonnet continua à jouer aux Galeries, au Théâtre de la Valette, à l’Atelier Théâtre Jean Vilar. Ses obsèques auront lieu le jeudi 2 avril au crématorium d’Uccle à 13h30.
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