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Critique
A l’Elysée, Ubu n’est pas foutu
Camille Perotti
Mis en ligne le 05/06/2009
Qui est à la fois "affublé d’une moumoute, tyran, petit, menteur, cupide, agité de tics, traître, arrogant et cocu" ? le Président qui ressemblait à Napoléon ! Claude Semal ne pouvait pas trouver mieux que ce "merveilleux personnage de comédie [ ], cadeau Bonux pour tous les caricaturistes" pour nourrir son imagination.
Après "Œdipe à la ferme", l’artiste attaché à la belgitude (et non pas à la bravitude) remet le couvert avec Ivan Fox pour "Ubu à l’Elysée", un spectacle hybride, mêlant pantins de bois, chansons et jeu dans un très beau décor de Roby Comblain laissant apparaître le dispositif scénique. Les marionnettistes, jouant à vue et interprétant eux-mêmes certains personnages dévoilent les coulisses de ce spectacle satirico-politique relatant l’ascension de cet imbécile de Roi Ubu au titre de Président de la France, jusqu’à l’Elysée.
De la célèbre pièce d’Alfred Jarry, Claude Semal s’est inspiré de l’ambition, du grotesque et du côté scatologique du fameux père Ubu - ah ! le "caca, le pipi, le capitalisme"; et de la tradition des marionnettes bruxelloises et liégeoises, "des vers de mirliton".
C’est un texte brillant - en vers, donc - pétri d’humour et de jeux de mots qu’offre Claude Semal à la tribu - au cirque ? - gouvernementale, non sans écho outre-Quiévrain. Car le parcours du nabot est parsemé d’embûches, l’opposition de sainte Ségolène puis la trahison de Chinchilla ne lui facilitent pas la tâche mais il emménagera à l’Elysée grâce à Guaino-D’Artagnan et nommera ses "ministrons" dont le fidèle Brise-Couille Portefeux pour les Charters et le docteur Kouchparter aux "Bonnes affaires étrangères". Le petit personnage avide de pouvoir consacrera sa fonction sous les Rolex et sur les talonnettes accompagné de la princesse bolognaise "pas trop farouche", Marla Caroni.
Mis en exergue par la mise en scène de Laurence Warin, le talent humoristique de Claude Semal et Ivan Fox consiste en l’alternance de jeux de langue et d’allusions subtiles avec des situations grotesques soulignant les contradictions de l’ami du Caca 40.
Un spectacle "sarcophage" à ne surtout pas laisser passer à la trappe.
Bruxelles, le Public, jusqu’au 27 juin. Reprise du 4 septembre au 10 octobre. Durée : env. 1 h 30. Infos : 0800.944.44 www.theatrelepublic.be
Le spectacle sera présenté en OFF au Théâtre Gilgamesh, Avignon, du 8 au 28 juillet à 15 h 45. Rés. 04.90.25.63.48
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