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Critique

Le vieux qui voulait tuer

Camille Perotti

Mis en ligne le 18/06/2009

Freddy Sicx incarne un vieillard politiquement incorrect, au Méridien.

Ses os sont poreux, son haleine désagréable, sa mémoire vacillante, sa démarche claudicante, son sexe amorphe (mais volontaire), ses mains crevardes et il dégage, dit-il, un "arôme précadavérique". Quel autoportrait peu séduisant que celui d’Abram Potz, quatre-vingt-six ans ! Sa répugnance à l’égard des jeunes n’a d’égale que le dégoût qu’il suscite, et si ce n’était que cela mais le vieux bonhomme cultive un cynisme morbide à toute épreuve et choisit, comme pour se donner un regain de vie, de donner la mort.

Ce vieux juif ashkénaze extraordinaire - on l’espère ! -, issu de l’imagination de Foulek Ringelheim, avocat, criminologue et magistrat, dont le roman (Prix des lycéens 2005 et Prix France-Communauté française de Belgique) a été adapté à la scène par Catherine Brutout, est incarné de manière sidérante, sur la scène du Théâtre du Méridien, par Freddy Sicx.

Avec le corps et la voix, sans compter les multiples mimiques, le comédien interprète, grâce à un jeu fin, grinçant et malicieux, ce personnage peu recommandable et parvient à le rendre ignominieux mais presque sympathique. Solitaire, ce voyeur pervers erre dans Paris mais c’est au Guatemala, lors d’un voyage organisé, qu’il trouve la première occasion de passer à l’action. Exaspéré par les bruits et les odeurs corporelles de sa voisine d’autocar, il se venge en poussant de sa canne un pauvre bougre du haut d’une falaise, au lac Altitlán. Revigoré, comme s’il avait acquis un sursis, il participe activement aux recherches puis, une fois le corps retrouvé, va jusqu’à accompagner la veuve dans son travail de deuil. Car cet individu au machiavélisme forcené est un ancien psychanalyste

De ce crime parfait, il tire tant de plaisir qu’il ambitionne de devenir le doyen d’âge des tueurs en série, fantasme sur le procès qui s’ensuivrait et sur le sens qu’il insuffle à la fin de sa vie. Qui soupçonnerait un vieillard affaibli ?

Teintée d’humour noir, la pièce, sobrement habillée de palissades de bois dans une mise en scène tout en nuances de Catherine Brutout, ne conte pas une histoire simple. Sous les subtiles lumières en clair-obscur d’Alain Collet, Abram Potz jubile mais c’est moins par cruauté que par amertume. A l’image de la petite musique intrigante et amusante qui revient sans cesse, la performance du comédien ne revient pas seulement à interpréter un très vieux mais aussi à essaimer un brin d’humanité. L’homme décrépit, "en voie de décomposition" et qui n’a plus que les yeux pour jouir, tue par frustration et amertume.

Un drôle de spectacle délectable et effroyable.

Bruxelles, Théâtre du Méridien, jusqu’au 20 juin, à 20 h 30. Durée : env. 1 h 20, de 9 à 18 €. Infos&rés. : www.theatredumeridien.be ou 02.663.32.11.

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