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Critique
Sarraute ou le sous-texte pur
Philip Tirard
Mis en ligne le 14/09/2009
Il y a dix ans (le 19 octobre 1999) disparaissait Nathalie Sarraute, née en 1900 en Russie. La fine analyste de "Tropismes", l’essayiste pénétrante de "L’Ère du soupçon", la mémorialiste allusive d’"Enfance", laissait aussi une œuvre théâtrale qui avait attiré des metteurs en scène comme Claude Régy, Jacques Lassalle ou Simone Benmussa. Cette dernière créa "Pour un oui ou pour un non" au Théâtre du Rond-Point à Paris en 1986, avec Sami Frey et Jean-François Balmer. Simone Benmussa est aussi l’auteur d’un beau livre d’"Entretiens avec Nathalie Sarraute" (La Renaissance du Livre, 1999). Parmi d’innombrables phrases inoubliables, l’écrivain y répond à son interlocutrice : "On n’est qu’attention. Je suis le lieu où tes paroles font leur travail, suivent leur trajet."
C’est très exactement ce que pourraient dire aujourd’hui les spectateurs qui regardent et écoutent Daniel Hanssens et Alexandre von Sivers dans leur "reprise" de la célèbre pièce sur la problématique rupture entre deux "meilleurs amis du monde". Leur interprétation fine et précise commande l’attention d’un bout à l’autre des cinquante minutes de représentation.
Les deux comédiens l’avaient jouée au Théâtre du Grand Parquet en 1990 sous la direction de Pierre Fox. Cette fois, Daniel Hanssens dirige la manœuvre, optant pour un dispositif rectangulaire, cerné par le public sur ses quatre côtés. Pour préserver la spontanéité de l’explication entre les deux hommes, il a préféré ne pas "fixer les places" sur l’espace de jeu, à l’exception de trois moments clés du spectacle.
Cela donne un rapport attentionné et tendu entre les deux comédiens qui nourrit utilement le propos. Car la merveille de ce texte, c’est d’être à la fois intime et presque désincarné, sur un sujet au fond rarement abordé au théâtre : la possible fin d’une amitié et la légitimité d’un motif de rupture.
Phrases courtes, mots simples, l’auteur a su, très littéralement, mettre des mondes dans le suspens entre deux mots. On dirait Tchekhov sans trame narrative, Beckett en moins métaphysique ou Koltès en moins violent : du sous-texte pur. Ce non-dit qui passe inaperçu aux yeux de l’un et bouleverse en profondeur l’autre fait tout l’enjeu de la pièce. Et permet à chacun de projeter son propre vécu sur l’action en cours
Savoir Plus
Bruxelles, jusqu’au 31 octobre. Durée : 50 minutes. De 12 à 25 €. Lieux : dans la grange du Château du Karreveld jusqu’au 17 septembre (02.724.24.24 - www.bruxellons.net), au Théâtre Mercelis du 29/9 au 3/10, du 13 au 17 et du 27 au 31/10 (070.75.42.42 - www.argan42.be), à Wolubilis du 6 au 10/10 (02.761.60.30 - www.wolubilis.be), au Centre culturel d’Uccle du 21 au 24/10 (02.374.64.84 - www.ccu.be).
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