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Critique

L’enfant soldat, tel quel

Laurence Bertels

Mis en ligne le 01/02/2010

Saisissant, l’Ougandais Arthur Kisenyi raconte en 3D la guerre et l’enfance. Josse de Pauw ouvre la soirée avec Abraham dans “A Quiet Evening”. Vraiment ?

Josse de Pauw. Un seul nom et le public (averti) accourt. Acteur puissant, auteur singulier, metteur en scène pointilleux, conteur infatigable, réalisateur et star de la scène flamande, Josse de Pauw a éclairé de son talent le janvier du National et du KVS. Main dans la main, ceux-ci lui ont en effet consacré une rétrospective, histoire de célébrer dignement trente-cinq ans de scène en quatre langues. D’où la programmation, entre autres, de "Ruhe", de la "Version Claus", de "Die siel van die mier" et de "Werk" (Cf. La Libre du 12/12/2009). Avec, en final, "A quiet evening/Strange news", soirée en deux temps composée de la nouvelle création de Josse de Pauw et du concert récit d’un ancien enfant soldat dont la première eut lieu à Oslo, au pays de Rolf Wallin, l’un des plus éminents compositeurs de musique contemporaine, un genre cher à l’artiste.

Certes, ceux qui seront venus pour boire ses paroles, admirer la sincérité de son expression ou son langage corporel repartiront la besace pleine d’autres vibrations. Sans perdre au change pour autant. Sans doute n’oublieront-ils pas de sitôt le récit distancié, dans un procédé très brechtien, de cet ancien enfant soldat interprété par le jeune acteur ougandais Arthur Kisenyi avec tant de véracité qu’on se demande s’il n’a pas lui-même répété et crié qu’il voulait être un "good soldier". "Je suis avant tout un homme de théâtre. C’est donc bel et bien un comédien que j’ai rencontré à Kampala. Je n’oserais pas mettre un enfant soldat en scène, ils ont vécu trop de choses" nous dit Josse de Pauw à l’issue de la représentation.

Reprenons depuis la genèse puisque "A Quiet Evening", la nouvelle création de l’acteur, livre en ouverture l’histoire d’Abraham issue de l’Ancien Testament mais aussi d’écrits de Kierkegaard qui raconte les faits selon les points de vue de chaque protagoniste. Accompagné du violoniste/compositeur George van Dam, avec lequel il travaille régulièrement, Josse de Pauw arrive sur scène, reste de dos et entame la lecture du terrible récit d’Abraham contraint de tuer son fils Isaac. Ne pas regarder le public et se faire entendre jusqu’au dernier rang, tel est l’un des exercices de base des cours d’art dramatique. Seuls les meilleurs franchissent la rampe. Calme, posé, structuré, le comédien réussit par son phrasé à rappeler la force d’un texte connu pendant que son compagnon musicien annonce par ses accords dissonants la suite de la tragédie.

L’enfance sacrifiée introduit donc le concert bouleversant de l’Ictus ensemble, qui a remarquablement adapté "Strange News" - dont la création s’était faite avec un orchestre philharmonique - en une version pour musique de chambre. Oppressante mais belle et cohérente, la musique contemporaine accompagne justement l’insoutenable propos. Commence alors, dans une mise en scène soignée qui intègre le multimédia, le récit d’Arthur Kisenyi, implacable, distancié, sans émotion ni pitié mais abasourdi par les bruits des "Go aways birds" africains, ces oiseaux ou hélicoptères venus rythmer l’enfance assassinée de soldats tombés trop tôt dans la guerre.

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