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Décès
Georges Wilson, funambule de la poésie
Philip Tirard
Mis en ligne le 04/02/2010
Compagnon de route de Jean Vilar, acteur, metteur en scène, réalisateur : c’est une figure historique du théâtre français qui vient de disparaître à l’âge de 88 ans. Celui qui fut notamment le capitaine Haddock dans le film "Tintin et le mystère de la Toison d’Or" en 1961, a accompli un parcours exemplaire au théâtre et au cinéma, toujours au service de son art et du public. Il n’aimait pas parler de lui, précisant : "un comédien a besoin d’un peu de mystère".
En 2000, lorsque la Maison Jean Vilar lui consacre une exposition et un livre, il met les points sur les i dans son avant-propos. "I l ne s’agit pas de raconter la vie et la carrière de l’acteur Georges Wilson, mais d’évoquer à l’aide de documents, d’images, ce qui a permis à un amoureux du théâtre une seule chose : prendre conscience que nous, les funambules de la poésie, nous ne sommes pas seulement fascinés par les "paillettes", mais que nous sommes, plus simplement et peut-être plus utilement, des "artisans", penchés jour et nuit sur un labeur qui ne connaîtra aucune fin."
Né en 1921, de lointaine ascendance irlandaise, il fut en 1945 l’élève de Pierre Renoir à l’Ecole de la rue Blanche à Paris. Il rejoint bientôt la Compagnie Grenier-Hussenot, des militants du théâtre de service public. En 1952, il entre au Théâtre National Populaire (TNP) et se produit pour la première fois au VIe Festival d’Avignon aux côtés de Gérard Philipe dans "Lorenzaccio" de Musset. Dès l’année suivante, il commence à mettre en scène au TNP - il obtiendra en 1962 le prix de la mise en scène pour "Lumière de bohème" de Valle-Inclan.
En 1963, il prend la succession de Jean Vilar à la direction du TNP, l’ouvrant davantage à la production contemporaine et internationale. Il y fait ainsi jouer Tankred Dorst, Friedrich Dürrenmatt ou Robert Walser. Il quitte le TNP en 1972.
Commencée dès 1952, sa carrière au cinéma lui donne des rôles de premier plan comme dans "Le Farceur" de Philippe de Broca ou "Une aussi longue absence" de Henri Colpi et Marguerite Duras. Il tournera avec Claude Autant-Lara, Marcel Carné, Julien Duvivier, Vittorio de Sica, Luchino Visconti, Henri Verneuil, Claude Sautet, Pierre Schoendoerffer, Yves Robert, etc.
Au cinéma, il travaille surtout en France et en Italie, et côtoie les plus grands : John Wayne, Richard Burton. Après 1972, il cultive les seconds rôles mémorables. "Comme Dullin, je n’ai ni principe ni théorie", disait cet acteur de composition qui était chez lui dans tous les répertoires. Il pouvait tout jouer, d’Othello au Vladimir d’"En attendant Godot" (face à Rufus et Michel Bouquet), en passant par le "Maître Puntila" de Brecht, l’"Henri IV" de Pirandello ou encore le "Luther" de John Osborne (aux côtés de Pierre Vaneck qui nous a quittés voici quelques jours à peine).
Dans un interview à "Télérama" en 1969, il confiait : "J’ai toujours été un comédien de composition. J’ai joué plus de deux cents rôles, mais je ne me suis jamais joué moi-même. A chaque fois, mes personnages, brutes gueulardes ou soudards truculents sont des constructions psychologiques. Je ne suis pas du tout comme ça. Je suis plutôt timide, je vis dans un univers sensible, contemplatif. L’acteur distribue aux autres de la poussière d’étoiles. L’acteur est un homme de mouvement. Pour l’acteur, une vie n’est pas suffisante."
Père de l’acteur Lambert Wilson, il eut le bonheur de vivre assez longtemps pour voir le prénom de son fils devenir plus célèbre que le sien. Sa haute stature, sa voix de stentor qui savait aussi caresser l’oreille, son visage à la fois rude et ouvert qui embrassait la palette complète des émotions humaines, nous hanteront longtemps encore. Comme le témoin, tour à tour fraternel, effrayant, pathétique, comique ou ironique, en un mot falstaffien, de l’humanité en sa plus riche et belle profondeur.
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