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Humour
Pur Taloche, pur bonheur
Philip Tirard
Mis en ligne le 09/02/2010
Bien rodé à Paris, le nouveau spectacle des frères burlesques belges est une délicieuse parenthèse dans le tout-venant du comique ordinaire. Ils n’imitent personne, ils n’ont pas besoin de têtes de turc pour faire rire, la méchanceté et la vulgarité leur sont inconnues. Et pourtant ils sont drôles. On aurait tort de croire les connaître en les voyant seulement à la télé, dans "Signé Taloche" voire dans les pubs - encore que les leurs ont une vraie fraîcheur face aux imaginaires faisandés qui s’y déploient d’ordinaire. On ne peut prendre la vraie mesure de leur générosité et de leur talent qu’en scène.
Bien rythmé, leur nouveau spectacle embarque les spectateurs dès les premières minutes pour s’achever sur "J’ai encore rêvé d’elle", le pastiche visuel qui a fait leur célébrité voici dix-sept ans. Et encore ont-ils l’élégance de le proposer en fin de représentation, en demandant aux spectateurs s’ils en veulent. M’est avis qu’on ne doit pas souvent leur dire non
Avec une bonne demi-douzaine de nouveaux sketches - ce qui doit porter leur effectif à la quarantaine depuis qu’ils font cause commune -, ils semblent avoir monté d’un cran encore dans la qualité. Après une première partie assurée par Jérôme de Warzée dans le registre du plus pur "stand-up" anglo-saxon, cela commence gentiment à la plage, façon "Les Vacances de M. Hulot". Comme la plupart de leurs trouvailles, la situation de départ est on ne peut plus familière mais dérape très vite dans une sorte de poésie bouffonne.
Pour la troisième fois, ils sont mis en scène par Emmanuel Vacca, disciple du mime Marceau qui les sert en toute complicité, sans pour autant les épargner physiquement. Les deux frères se dépensent sans compter dans une gestuelle qui doit son efficacité à la précision et à la rapidité du rythme. Ils tiennent la forme !
Les jeux vidéo, le restaurant, un enterrement, quelques ballons et deux clowns éméchés : avec le moins, ils font le plus. Tout en riant sans la moindre arrière-pensée, on se souvient avec émotion de Laurel et Hardy, de Mister Bean, de Monsieur Hulot, parfois même de Chaplin lui-même. Femmes, enfants, jeunes, seniors, tout le monde trouve son compte dans ce comique de pure mais très attentive observation du réel.
Il y a des moments de grande beauté, comme ce sketch du restaurant où un fiancé maladroit s’attire les foudres du garçon en voulant remettre une bague de fiançailles à sa belle. Sans une parole, entièrement rythmé par la guitare de Carlos Santana, le comique se colore ici d’une tendresse ironique qui nous réconcilie avec nos propres failles.
Les reprises, comme le musée photographique de la Deuxième Guerre mondiale ou le numéro de cirque de Linda, l’otarie hyperactive, s’intègrent harmonieusement à l’ensemble pour former un voyage d’une heure vingt dont on sort comblé et revigoré. Que demander de plus ?
Tournée en Wallonie jusqu’au 21 mai, à suivre dans nos pages "Agenda".
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