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Critique
Trois sœurs pour un monologue
Marie Baudet
Mis en ligne le 12/02/2010
Formellement dépouillée et techniquement sophistiquée, la mise en scène d’Heidi Ostrowski fait entendre un texte à la fois prophétique et mystique. Un homme, revenu de tout, à bout de forces, s’apprête à concrétiser son plan, à mettre fin à ses jours sans espoir et ses nuits sans sommeil. Assis, dans sa chambre étriquée, le pistolet à la main, il s’endort brusquement. Et voilà que s’ouvre un monde onirique qui, au réveil, l’aura transformé.
Fedor Dostoïevski écrit "Le Rêve d’un homme ridicule" en 1876. Si l’amour édénique porté à son comble dans le récit apparaît bien naïf, il n’en est pas moins poignant. Et le texte, globalement, résonne d’un écho très actuel. De l’individualisme galopant à la nature mise à mal, les préoccupations d’alors demeurent celles d’aujourd’hui.
On devine dans la démarche de la jeune compagnie pluridisciplinaire Eudaïmon le vœu d’exprimer, en finesse, ce parallèle. Des trois sœurs dans l’aventure, Heidi Ostrovski signe une mise en espace dépouillée, habitée par le geste (nourri lui-même par un mélange d’arts martiaux et d’expression corporelle - parfois trop littérale). Naïma incarne cet humain en proie au doute d’abord, à la culpabilité, et convaincu d’avoir touché la vérité qu’il lui faut désormais répandre. Marielle, enfin, signe le fascinant maquillage - presque un masque - de ce visage aux traits à la fois figés et expressifs.
Daniele Bossi a imaginé un costume intemporel, qui tient autant du Japon que de la SF mâtiné d’un brin d’heroic fantasy. Les lumières précises de Michaël Bridoux achèvent de donner au spectacle une puissance visuelle certaine.
Mais c’est le son qui, du début à la fin, nous convainc plus que tout. Ludovic Romain le travaille en direct, sculpte la voix amplifiée selon les décors qu’évoque le personnage, donne du volume à son souffle, joue sur les textures. L’ "homme ridicule" nous semble ainsi pouvoir rêver d’une seconde vie - sur les ondes radiophoniques.
Bruxelles, Marni, jusqu’au 13 février, à 20h30. Durée : 1h env. De 8 à 12 €. Infos & rés. : 02.639.09.80, www.theatremarni.com
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