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Opéra | Série culte
Désir et violence à Tourcoing
Martine D. Mergeay
Mis en ligne le 19/02/2010
Jean-Claude Malgoire et Pierre Constant ne furent pas les seuls à se lancer passionnément dans la fameuse trilogie Mozart-Da Ponte (" Le Nozze di Figaro" (1786), "Cosi Fan tutte" (1790) et "Don Giovanni" (1787)) mais rarement œuvres aussi exigeantes furent montées dans des conditions comparables - six mois de vie de troupe dans l’ambiance quasi familiale de Tourcoing - avec un succès immense à la clef. (Les "Nozze" furent d’ailleurs remontée en 2004). A partie du 23 février prochain, le kit complet sera de nouveau à l’affiche, mené cette fois en coproduction avec le Théâtre des Champs Elysées, à Paris.
Nous avons rencontré Pierre Constant (homme de théâtre et d’opéra à qui le public de la Monnaie dut notamment "Simon Boccanegra" et "Il Trovatore") à quelques jours de la première avec une première question évidente : quelle impression lui fait cette reprise, quinze ans après ? "Nous serons meilleurs encore, bien sûr !, lance-t-il dans un rire, mais le théâtre avance, galope, et l’opéra plus encore Lorsque je regarde les vidéos prises à l’époque, j’éprouve quelques étonnements, et je me pose des questions Les interprètes eux-mêmes (l’équipe est entièrement neuve) provoquent parfois de nouvelles options." En 1995, Pierre Constant voulait avant tout mettre en valeur l’extraordinaire contemporanéité (ou intemporalité ) des opéras en question : "après avoir envisagé de monter les opéras en "contemporain", nous avons choisi de les maintenir au XVIIIe siècle mais de les jouer comme si ça se passait aujourd’hui. Il s’agit ici, avant tout, de violence et de désir. Ou de la violence du désir ? Dans "Le Nozze", l’opéra qui ouvre la série, s’ajoute encore la notion d’urgence; tout se passe en quelques heures et chacun veut aller jusqu’au bout de son désir : le comte veut coucher avec Susanna avant qu’elle épouse Figaro (tant qu’elle est vierge), Susanne et Figaro s’aiment et veulent se marier le jour même, Marceline veut épouser Figaro (dont elle ne sait pas encore qu’il est son fils), la comtesse veut retrouver l’amour (du comte ou d’un autre) ou mourir, Cherubin désire toutes les femmes à la fois (dans la pièce de Beaumarchais, il fait d’ailleurs un enfant à la comtesse durant la fameuse nuit). A cette violence du désir s’ajoute l’effervescence propre au contexte historique de la pièce : on est en période pré-insurrectionnelle, le droit de cuissage s’apparente à ce qu’on appellerait aujourd’hui le harcèlement sexuel, les petits sont écrasés par les puissants, on sent que ça va éclater." Avec son sourire de sage, Pierre Constant conclut sa tirade en précisant : "Mais il ne s’agit pas d’un opéra noir, loin de là, on y rit beaucoup, rien n’interdit d’être à la fois léger et profond "
Le but de Pierre Constant, annoncé en 1995 et poursuivi quinze ans plus tard, est de "rejoindre l’état de grâce propre à Mozart. Un Mozart extraordinairement servi par Da Ponte, qui, avec son esprit de synthèse, va plus loin que Beaumarchais : en resserrant l’action, en passant de cinq à quatre actes, en imprimant à l’ensemble un rythme - intérieur et dramatique - effréné, il fait de la pièce un véritable thriller."
Si Pierre Constant est un amoureux de la musique - en particulier de celle de Mozart et de Verdi -, on sent clairement que ses voies sont celles du théâtre pur. Les "concepts" à l’allemande ne font pas partie de ses méthodes. "Je conviens que face à certaines dramaturgies, l’éternel élève que je suis se trouve rejeté "
Parmi les interprètes de la série, seul le baryton Nicolas Rivenq participera aux trois opéras (le Comte, Don Alfonso, Don Giovanni); il sera entouré de stars et de révélations : Véronique Gens, Sandrine Piau, Laurent Naouri, Ingrid Perruche, Joan Martin Royo (jeune baryton entendu à Bruxelles dans "Il Retablo") ou Elena de la Merced. Les décors - communs aux trois opéras - sont de Roberto Platée, complice de Pierre Constant depuis 30 ans.
Quant à la musique, c’est évidemment Jean-Claude Malgoire qui en assure la direction : "En 1995, nous avons vécu six mois ensemble, nous avons fait un voyage unique, dans un contexte aux moyens limités mais voués totalement à notre rêve. Nous le revivons aujourd’hui".
Le Nozze di Figaro : Tourcoing, Théâtre Municipal, les 23, 26 et 28 février. Paris, Théâtre des Champs Elysées, les 25, 28 et 29 mai. Info : 00 33 3 20706666 ou www.atelierlyriquedetourcoing.fr ou www.theatrechampselysees.fr
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