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Ars Musica
DanceXmusic : à suivre
Martine D. Mergeay
Mis en ligne le 11/03/2010
Depuis mardi dernier et jusqu’au vendredi 12 mars, c’est un festival hors normes qui se déroule à La Monnaie. L’idée en revient à Peter De Caluwé, (bien) inspiré par l’extraordinaire fécondité de Parts (Performing Art Research and Training Studios), école de danse (si l’on ose dire) fondée par Anne Teresa de Keersmaeker en 1995. A cette époque, à la tête de Rosas, la chorégraphe était en résidence à la Monnaie ; aujourd’hui elle ne l’est plus mais les liens ne se sont pas distendus pour autant : l’actuel projet "DanceXmusic" est le plus important réalisé conjointement par Parts et la Monnaie. La musique dite contemporaine étant au cœur du projet, le festival Ars Musica y fut tout naturellement associé.
C’est ainsi que, chaque soir jusqu’au 12 mars, une vingtaine d’étudiants se produisent dans des chorégraphies originales, signées par trois chorégraphes invités - Thomas Hauert, John Jaspers et Salva Sanchis - pour les étudiants de 4e année, ou par les étudiants de 2e année eux-mêmes (une série de duos fabuleux), avec cette particularité que les quelque vingt chorégraphies concernées sont données sur de la musique classique contemporaine, jouée live par les membres de l’Orchestre symphonique de la Monnaie.
Mardi, jour d’ouverture de la série, nous avons ainsi suivi cinq performances, aussi spectaculaires du côté des musiciens que du côté des danseurs, la dernière d’entre elles - construite sur "Ten pieces for Wind Quintet" de Ligeti (1968) - mettant carrément la musique et les musiciens au centre de sa narration.
La première chorégraphie, signée par John Jaspers, parut, rétrospectivement, la plus austère, liée à "Four", quatuor à cordes de John Cage : environ 200 notes, réparties entre quatre solistes de l’OSM, et étirées sur quatre mouvements, chacun signalé par un éclair de spot, le tout occupant une vingtaine de minutes Dans ce temps étiré, six danseurs jouèrent le jeu des particules en collision, élastiques ou inélastiques, avec attirance, impact, effets et dégâts (deux danseurs anéantis ). Avec des moments forts et des moments creux, et quelques infinis silences. Avec, aussi, la virtuosité jubilatoire que l’on retrouvera tout au long de la soirée.
Les trois pièces suivantes étaient des duos, dont la première prit la forme suave d’un "pas de deux" romantique, sur "China Gates" de John Adams (1977) avec Zsolt Czetner au piano ; une plage de pure séduction, signée Pär Andersson et Linda Blomqvist (la fille de Mikaël ou de Stig?). Aux antipodes, y compris dans la tenue - veste-duvet pour elle, survêtement de jogging pour lui, les deux en slip, jambes nues et bottillons - l’Appel interstellaire de Messiaen, lancé par le cor de Jean-Noël Melleret, faillit bien faire s’envoler l’intrépide et trépidante Boglarska Börcsök ; mais son compagnon, Simon Portigal, avait trop besoin d’elle (espérons que ces savoureuses séquences soient un jour reprises ou disponibles sur DVD !). Le troisième duo, plein de trouvailles mais plus effiloché, était signé Polina Akhmetzyanova et Cyriaque Villemaux, et construit sur la Sequenza VII de Berio, dans l’interprétation étourdissante de Luk Nielandt.
L’ultime pièce de cette première soirée, signé Salva Sanchis, rassemblait cinq, puis six danseurs, représentés dans l’attente - drôle et suggestive - d’un personnage invisible : ce sera la musique et les cinq musiciens convoqués pour jouer Ligeti, placés cette fois au centre du plateau et guidant, pas à pas, note à note, le jeu des danseurs. Au total, un travail passionnant et abouti, attestant une rare complicité entre musiciens et actants.
Bruxelles, la Monnaie, salle Malibran, encore les 11 et 12 mars à 20h. Infos & rés. : 070.233.939, www.lamonnaie.be
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