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Décès

Billy Fasbender a quitté la scène

Philip Tirard

Mis en ligne le 12/03/2010

Homme de théâtre polyvalent, il a façonné tout un pan de l’histoire théâtrale francophone belge.

Comédien, metteur en scène, cheville ouvrière du premier théâtre National, fondateur et directeur pendant dix ans du Festival de Spa, c’est une figure historique du théâtre belge francophone qui s’est discrètement éteinte mercredi soir, à l’âge de 87 ans.

Billy Fasbender présidait encore le conseil d’administration du théâtre de la place des Martyrs et faisait partie des membres fondateurs du Prix Jacques Huisman. C’est à ce dernier qu’il a dû une longue et belle vie de théâtre, lui qui avait étudié l’histoire de l’art à l’université pendant la guerre. Pour avoir vu pendant l’Occupation des spectacles des Comédiens Routiers, troupe itinérante mise sur pied par les frères Maurice et Jacques Huisman, il s’était pris à rêver d’une vie sur les planches.

Engagé volontaire dès la libération de la Belgique, il rejoignit en 1948 le théâtre National fondé trois ans plus tôt. Comédien certes, et de belle prestance, il fut chargé en outre d’administrer les tournées du Studio du théâtre National. C’était un petit Etat dans l’Etat où les éléments les plus jeunes de la troupe montent Tardieu, Ionesco, Anouilh, etc.

Homme cultivé, avide de lecture, d’une énergie débordante, d’un humour et d’une réserve toute britannique, le Liégeois Billy Fasbender fit très vite partie de la "garde rapprochée" de Huisman. Il partageait avec ferveur ses idéaux de démocratisation culturelle et la recherche passionnée du "non-public".

De toutes les œuvres qu’il avait vues et interprétées, sa pièce préférée était "Liliom" du Hongrois Ferenc Molnar (qu’il mit lui-même en scène en 1961), m’avait-il confié récemment. "Une histoire simple, naïve même. Située dans le milieu forain, l’action montre l’impact de l’art sur la vie des sentiments et sur la spiritualité. C’est d’une extraordinaire humanité et, d’une certaine manière, le résumé exact du projet du théâtre National de l’époque : une sorte de rédemption sociale par la l’art et la culture, sans arrogance mais dans le plaisir et dans la vérité humaine."

En 1959, c’est à lui que l’on confia l’organisation du Festival du Théâtre National à Spa. De son propre aveu, ce fut "la grande affaire de sa vie". Et en effet, il devait s’en occuper longtemps encore. Alors qu’il s’apprêtait à profiter d’une retraite bien méritée en 1987, la Ville de Spa fit appel à lui et à son ami et complice André Debaar pour reprendre la direction du Festival. Il fut l’artisan infatigable de son sauvetage et de son renouveau, léguant onze saisons plus tard une manifestation en parfait ordre de marche à son successeur Armand Delcampe.

Parmi ses mises en scène personnelles, on se souviendra de "Liliom", mais encore du "Mistère" d’Orazio Costa dans l’adaptation française de Jean Mogin (1966), de plusieurs des célèbres spectacles de "cabaret" du Festival de Spa dans les années 60. Il avait aussi suivi d’un œil attentif le travail d’André Debaar dans "L’Evangile selon saint Marc" (1981). Billy Fasbender était très fier du succès de "L’Enseigneur" de Jean-Pierre Dopagne (1994), une des rares productions propres bénéficiaires du Festival, qui révéla la qualité de l’écrivain namurois.

Rappelons qu’en plus des multiples fonctions qu’il exerça au sein du National, il fut aussi directeur de la Maison de la Culture de Huy, coordinateur du Festival de musique de Wallonie et qu’il œuvra au sein des cabinets des ministres de la Culture Jean-Pierre Grafé puis Henri-François Van Aal, de 1974 à 1977. Cet homme d’exception à l’esprit ouvert et au regard critique a largement contribué à l’existence même de la vie théâtrale dans notre Communauté.

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