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Danse | Critique
Cohérents vagabondages
M.Ba.
Mis en ligne le 19/03/2010
Volonté esthétique et rejet exotique qualifient la chorégraphie qu’a créée la Cie Thor au récent festival Pays de Danses, et qu’elle reprend pour une belle série au Varia.
Les partis pris de Thierry Smits vont dans ce sens. Optant, comme c’était le cas déjà dans "Soirée dansante" ou "D’Orient", pour la danse pure - sans dramaturgie périphérique -, il a réuni neuf danseurs d’origine africaine, ou plus précisément dont la carnation renvoie à l’Afrique, les met en scène et en mouvement sur la musique de Jean-Sébastien Bach, avec ce qu’elle compte de tubes, de générosité, de virtuosité, de spiritualité. Et de poids dans la culture occidentale. Comme, peut-être, une réponse au poids du métissage dans le monde en devenir, à son contrepoids, même, face aux sursauts identitaires ambiants. Pour autant, le propos du chorégraphe ne se veut pas politique ici. Le principe, précise-t-il, consiste à faire bouger des corps rompus aux techniques chorégraphiques "occidentales", mais néanmoins façonnés par d’autres traditions et d’autres danses.
Thierry Smits cosigne avec Thomas Beni la scénographie de "To the ones I love", grand plateau blanc, panneau de fond de même, et blocs-bancs manipulés par les danseurs modulant ainsi l’espace. C’est de dos qu’on les découvre d’abord, sculptés par la lumière latérale, dans un premier mariage avec la partition. C’est en couleurs ensuite que se déclineront les codes d’une pièce au vocabulaire résolument abstrait, frisant parfois le classique tout en restant grande ouverte à la spontanéité.
Un "uniforme" (le pantalon gris, identique pour tous) en vient à se distinguer par son complément, des tee-shirts unis aux formes diverses, mis et ôtés à vue, dans une succession de camaïeus qui, loin de tout folklore, affirment l’harmonie - et non l’unanimité - dans la diversité.
La métaphore est simple, généreuse, évidente, à l’instar de la danse, dessinée dans l’ouverture, accessible, interprétée avec allant, énergie, belle sensualité par Fabio Aragão, Rudi Cole, Daudet Grazaï, Christian D. Guerematchi, Nestor Kouame, Alpha Sanneh, Dean lee Sefton, Iquail Shaheed et André M. Zachery.
Autant de personnalités évoluant, à des lieues de l’univocité "noire", sur une scène jamais en repos. Si la danse s’appuie sur la musique, en aucun cas elle ne lui sert d’illustration ou de prétexte. Le rapport, ici, revient aux sources avec élégance et simplicité. Pour autant l’œuvre n’évite pas la confrontation. Maxime Bodson, complice de Thierry Smits, signe une recherche sonore, une sorte d’habillage des petites musiques de chambre, qui fait se rencontrer l’univers electro et celui de Bach. Sans heurt, en douceur. Avec, oserait-on dire, cet amour annoncé, qui préside à l’ensemble du spectacle.
Bruxelles, Théâtre Varia, jusqu’au 3 avril à 20h30 (le mercredi à 19h30). Durée : 1h env. De 10 à 20 €. Infos&rés. : 02.640.82.58, www.varia.be
Alternatives théâtrales a composé et coédite avec la compagnie un hors-série intitulé "Thierry Smits, Le corps sous tensions/The body-in-tensions", images et témoignages, à l’occasion des vingt ans de la Cie Thor.
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