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Spectacles entre Cour et jardins
Camille Perotti
Mis en ligne le 29/07/2010
Traversées, croisements, franchissements, métissages, le festival Teatro a Corte est un peu tout cela à la fois par les formes variées qu’il propose et l’investissement des anciennes demeures des rois de Savoie par les arts contemporains de la scène. Danse, théâtre, performance, installation, constituent la chair du festival turinois international qui fête ses dix ans avec une vitrine belge, en collaboration avec Wallonie Bruxelles Théâtre Danse. Inaugurée le 8 juillet (lire le récit du week-end d’ouverture par Marie Baudet dans LLB du 15 juillet), cette édition anniversaire s’est clôturée dimanche dans une ambiance festive.
C’est avec un tendre duo de clowns que la dernière salve de spectacles a débuté. À une heure et demie de Turin, le charmant village de Garessio, perché dans la montagne, a accueilli sur la place de la mairie, en contrebas de l’église, la version plein air du spectacle "Slips inside" d’Okidok. Les Belges Xavier Bouvier et Benoît Devos, en slips kangourous, se moquent de leur corps tout en en faisant leur principal instrument comique. Si quelques gags convenus émaillent cette performance physique, leur créativité est étonnante, leur expressivité irrésistible. Alliant jeu, acrobatie, mime, le duo de choc a l’art de se mettre en scène; la fluidité, la technique, leur manière de jouer avec leur seul accessoire (les slips) et leur faculté à improviser (lorsque les cloches de l’église retentissent sans cesse ou quand une femme surgit derrière la scène pour les prendre en photo ) provoquent l’hilarité du public conquis. Okidok reprendra ce spectacle en Belgique, à la rentrée.
Si le festival investit les châteaux du Piémont, c’est au centre du festival, à Turin, que deux spectacles de danse ont été présentés le lendemain, mettant de nouveau la Belgique à l’honneur. Après l’avoir créé en 2009 aux Tanneurs, à Bruxelles (LLB du 29/1/2009), la chorégraphe Ayelen Parolin a présenté "SMS and love" dans une des belles salles de la Cavalerizza Reale. Jouant sur les relations d’amitié, - jalousie, tendresse, exclusion - les danseurs s’inventent si bien poules qu’on distingue à peine l’humain derrière l’animal.
Pièce pour une danseuse et une chanteuse sur un plateau nu, "Inventions/Récitations", chorégraphié par José Besprosvany, envoûte par la virtuosité et la technique des interprètes. Remplacée au pied levé par une danseuse espagnole, Véronique Liévin incarnait par le corps les paroles que Bénédicte Davin chantait. Danse et chant se mêlent, le corps de l’une embrassant la voix de l’autre dans un travail de précision impressionnant. On ne sait plus si les gestes de la danseuse accompagnent les notes de la chanteuse ou inversement. Georges Aperghis signe la composition où les mots sont utilisés comme des notes, apportant une dimension théâtrale importante. Le chorégraphe n’a pas hésité à mettre à profit l’incroyable expressivité des artistes. Stupéfiant.
Pour clore cette avant-dernière soirée du festival Teatro a Corte, la navette a emmené le public au château de Pollenzo, immense demeure aux multiples ailes où se niche une excellente école de cuisine adepte du slow food. Là, non pas au cœur de la cour mais devant le bâtiment principal, la voix du comédien italien Elio Germano - qui a reçu le Prix d’interprétation masculine ex-æquo avec Javier Bardem au Festival de Cannes 2010 pour son rôle dans le film "La Nostra vita" - se heurte au mur d’enceinte et résonne. Sa voix dit les mots de Céline, ceux du "Voyage au bout de la nuit" dont les extraits sont entrecoupés de musique composée par Teho Teardo. Etrangement, c’est la musique qui est centrale et non pas le comédien qui, même si l’on ne comprend pas l’italien, restitue parfaitement l’atmosphère angoissante croissante du roman. À la guitare, le musicien accompagné d’une violoncelliste mêle musique électronique et musique de chambre créant une composition d’une étrange beauté.
Durant ces derniers jours, l’artiste britannique Billy Cowie projetait "Ghosts in the machine" au centre du festival. À travers nos lunettes 3D, les trois jeunes femmes dans leurs cases de mosaïque semblent présentes. Discutant, s’échangeant des objets et dansant, la création artistique de 25 minutes est étonnante.
Pour la clôture du festival, Beppe Navello, le directeur, a invité les artistes à occuper les jardins de la Venaria Reale, la plus majestueuse des demeures royales du Piémont. Le Finlandais Jouni Ihalainen a ravi les spectateurs avec son numéro de diabolo hors du commun. Sur une sonate de Bach, l’artiste danse avec élégance tout en maniant son diabolo avec légèreté. L’acrobate français Grégory Feurté, mis en scène par Kitsou Dubois, a enchaîné les festivités avec une performance de mât chinois entre ciel et terre tandis que les Colporteurs ont présenté "Les Etoiles", deux formidables duos de funambulisme. Sur une structure de poutres et de fils d’acier, deux jeunes femmes trébuchent d’abord perdant le contenu de leurs sacs, s’accrochent puis enchaînent une série de gags en chaussures à talons ! Le second duo, beaucoup plus romantique, met en scène un homme et une femme pour une histoire d’amour passionnée. Si ce spectacle est captivant, ce n’est pas seulement par la virtuosité des artistes mais aussi par leur sens théâtral, leur humour et leur finesse. Sous un ciel étoilé, la dixième édition du festival Teatro a Corte s’est achevée par la création pyrotechnique "Joueurs de flammes", du Groupe F, illuminant de mille feux les eaux du lac de la Venaria Reale.
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