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Festival

Dans la mémoire de la Shoah

Philip Tirard

Mis en ligne le 16/08/2010

Dernier week-end de théâtre à Spa : lecture de Louvet et création du “Non de Klara”.

La météo avait décidé de sourire samedi pour la première journée de théâtre de rue du Festival, concentrée dans les jardins du Casino, avant de se plomber dimanche, chassant les artistes sous la Galerie Léopold du Parc de 7 Heures. Bon, on ne va pas se plaindre : depuis toujours, on va à Spa pour prendre les eaux

Dans les salles du Casino, le ton s’est fait plus grave. La lecture de la dernière pièce de Jean Louvet, "Le Chant de l’oiseau rare", a révélé une fable satirique sur l’ultralibéralisme. Cette virulente attaque au ton parfois voltairien dénonce une société déshumanisante qui réduit l’individu au statut de consommateur de sa propre existence. Le débat qui s’ensuivit, en présence de l’auteur, prouva la pertinence et l’actualité du texte, une dame voulant se le procurer pour son combat contre l’implantation d’un centre commercial dans sa région

Au Salon Gris, à 18h30, les spectateurs avaient rendez-vous avec l’Histoire, pour la création de l’adaptation théâtrale du roman de Soazig Aaron, "Le Non de Klara". Parue aux éditions Maurice Nadeau en 2002, cette première œuvre romanesque a valu à son auteur plusieurs prix en France et en Allemagne. Elle fut saluée par l’écrivain rescapé Jorge Semprun : "J’attendais une fiction, une prise de pouvoir romanesque sur la mémoire des camps. Car nous sommes à l’orée de la disparition des témoins, de l’évanouissement de la mémoire directe. Je ne m’attendais pas à cette qualité, elle est inespérée."

Il y est question des camps d’extermination nazis, en effet, à travers le retour d’une rescapée juive allemande à Paris en 1945, qui refuse de voir sa petite fille de trois ans, sauvée par des proches. Anaël Snoeck confère un poids et une présence extraordinaires à Klara. Avec son visage émacié et sa frêle silhouette, la jeune comédienne dégage une énergie vibrante, une colère et une douleur insondables.

"Je n’ai plus de larmes. Je pue la mort ", lance-t-elle à sa belle-sœur qui tente comme elle peut de la ramener vers les vivants. Face à cette souffrance impartageable, Isabelle Paternotte campe avec justesse la compassion et l’impuissance que nous éprouvons devant toutes les victimes de la barbarie. Au-delà de l’amour et des mots, les deux femmes nous convient à un fascinant et bouleversant voyage aux confins de l’humanité et de l’inhumanité. Une impérieuse traversée des apparences dont on ne sort pas indemne.

Dans l’âpre et belle scénographie de rondins de bouleau imaginée par Chloé De Wolf et Joël Larouche, la mise en scène de Patricia Houyoux suit avec une généreuse vigilance ce double chemin initiatique vers une acceptation conjuguée de la vie et de la mort. Écrite par une femme née en 1949, cette fiction prend en charge le "devoir de mémoire" sans complaisance mais avec la volonté farouche de nous poser cette question : qu’aurions-nous fait à la place des protagonistes ?

Savoir Plus

Spa, Festival de Théâtre, jusqu’au 16 août. Tél. 0800.24.140. www.festivaldespa.be . Ce lundi, rencontre à 15h30 à la Guinguette avec Isabelle Paternotte, Anaël Snoeck et Patricia Houyoux.

"Le Non de Klara" se donnera au Théâtre Blocry (LLN) du 9 au 21 novembre. Tél. 0800.25.325. www.atjv.be.

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