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projet épique

Mettre en scène les passions des hommes

Camille Perotti

Mis en ligne le 08/09/2010

Daniel Scahaise revisite la guerre de Troie. Un projet époustouflant.
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Rares sont les hommes aussi passionnés par la philosophie antique que par le football. Le metteur en scène Daniel Scahaise fait partie de ces drôles d’oiseaux fascinés par la catharsis et la confrontation à l’humain. "La tragédie grecque est fantastique parce qu’elle parle de nous. Elle constitue le fondement de notre société. Tout est incroyablement actuel, il n’y a presque rien de daté dans les tragédies."

C’est un projet ambitieux qu’a choisi de mener l’homme de théâtre : condenser dans un grand spectacle épique en deux parties les pièces du cycle de la guerre de Troie. Adapté de huit textes d’Eschylle, Homère, Sophocle et Euripide, "Les Grecs" met en scène une trentaine de comédiens de la compagnie Théâtre en Liberté, des jeunes filles issues du Conservatoire de Bruxelles et Janine Godinas, invitée.

"Une équipe digne de ce nom doit se confronter tous les trois ans à Shakespeare ou à la tragédie grecque, qui contient toutes les passions des hommes. "Les Grecs ", c’est une saga au sens moderne, comme une série télévisée, il y a des meurtres, de l’amour, des histoires de famille Quand les Grecs prennent Troie, ils tuent les hommes, violent les femmes et les prennent en esclaves, cela n’a malheureusement rien de dépassé, il suffit de voir ce qui se passe aujourd’hui au Kivu."

Electre, Agamemnon, Apolon, Hélène, Ménélas, Oreste, Clytemnestre sont les protagonistes de ce spectacle couvrant les dix ans de la ville de Troie en état de guerre, "un monde où la morale judeo-chrétienne n’existe pas encore. C’est une période où les pulsions refoulées ressortent ; il y a une violence latente, les peurs enfouies ressurgissent", ajoute Daniel Scahaise. L’essence du spectacle en deux parties intitulées "La Guerre, les Femmes" et "Les Crimes, les Dieux" réside dans le rapport des hommes aux dieux, explique le metteur en scène : "En Grèce, une phrase dit que les dieux décident de ce qui va arriver, l’homme peut le refuser mais cela arrivera quand même. C’est la marge de l’homme qui est intéressante, le rapport à la faute initiale aussi (NdlR : le meurtre d’Iphigénie) car, du jour au lendemain, les hommes se mettent à douter de l’existence des dieux."

Malgré la dimension contemporaine et universelle de la tragédie grecque, Daniel Scahaise fait face à de nombreux défis, décor, costume, adaptation du texte "Mon objectif était de rendre le chœur actif. A l’origine, les membres du chœur se lancent dans des digressions philosophiques passionnantes mais qui ne font pas avancer l’action. J’ai modifié cet aspect tout en gardant les spécificités de chaque auteur pour les personnages."

Quant aux costumes, le maître mot du metteur en scène est : simplicité. "Ce sont des choses concrètes. Les femmes surprises la nuit seront en chemises de nuit puis il y aura des vêtements dans les tons gris et noirs. Je recherche une unité et une certaine modernité sans tomber dans l’anecdotique." Pour la scénographie, rien de trop imposant malgré une machinerie complexe : "Le principe du théâtre antique consiste à placer l’action devant les portes d’un palais ou dans un lieu clos. Je l’ai respecté en créant un espace brut, rude, sombre."

Cette tragédie intemporelle, spectacle épique mettant en scène les passions des hommes, est l’événement le plus important de la compagnie Théâtre en Liberté de ces dernières années. A découvrir dès le 15 septembre.

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