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Une "Piste là" à suivre sans hésiter
Laurence Bertels
Mis en ligne le 07/03/2011
Des giboulées d’acrobaties avaient été annoncées pour le mois de mars en nos éditions du 23 février. Elles sont arrivées et ont d’abord sévi du côté de Tournai où s’achève ce lundi, la 21e "Piste aux espoirs". Ayant évolué au fil des ans, elle est passée de la formule concours international d’écoles de cirque à celle de festival, toujours international, avec en outre plusieurs animations en rue dont la spectaculaire traversée funambule de la Grand-Place grâce à Olivier Zimmerman qui, devant 6000 spectateurs, a parcouru les 230 mètres de fil tendu entre l’église St Quentin et le beffroi, le tout encouragé par les musiciens et choristes de la Fanfunambule. "Ce fut un réel succès", nous dit Philippe Deman, directeur avec François Guilbert du festival dont la cuvée 2011 fut excellente. A l’issue de six jours de fête, de soleil et de cirque, on peut dresser un bilan positif et estimer à près de 12 000 le nombre de personnes attirées par les quinze propositions particulièrement diversifiées cette année.
Le Cirque Aïtal a ouvert les festivités le mercredi 2 mars par un semblant de galop de chevaux sous chapiteau. Dérision d’entrée de jeu où l’on croit voir jouer ensemble un bûcheron et sa poupée là où se complètent en réalité un acrobate méga balaise et sa compagne de piste comme de ville, la petite et voltigeuse Kathy, d’une incroyable souplesse. Mise en abyme du cirque traditionnel, cette "Piste là" nous emmène au règne de l’illusion, du faux-semblant et de la tendresse. Tout se joue sur la complicité des deux artistes, le Français Victor Cathala et la Finlandaise Kati Pikkarainen qui s’entendent comme deux larrons en piste. Fascinante voire troublante, leur complémentarité écrit pas à pas le scénario du premier spectacle du Cirque Aïtal.
De très bon augure pour la 21e édition de "La Piste aux espoirs", le Cirque a en effet d’emblée comblé les spectateurs venus assister à la soirée d’inauguration. Festif et poétique, ce spectacle réjouit les amateurs de nouveau cirque tendance générosité. Une contrebasse, un accordéon, quelques notes de musique baroque donnent le ton. Elle arrive en veste, kilt et bas rouges, la bouille hirsute et le nez retroussé. Il la cueille comme une fleur prête à éclore, l’accompagne pour trois pas de danse avant de la porter à bout de bras avec un semblant de fascinante aisance. Ce colosse au cœur d’argile entame ensuite une série d’acroportés menés de main de maître pendant que sa poupée se désarticule sous nos yeux. Poupée mais pas femme objet pour autant. Des deux, c’est en effet bien elle, fut-elle menue, qui semble porter la culotte, comme le dit l’expression populaire.
L’un voulait devenir agriculteur, l’autre avait toujours rêvé d’embrasser une carrière circassienne. Tous deux se sont rencontrés à Rosny lors de leur apprentissage puis ont obtenu une mention spéciale du jury au Cnac (Centre national des arts du cirque de Châlons-en-Champagne) en 2003. Depuis, ils parcourent le monde avec leur caravane et leur chapiteau, à l’instar des saltimbanques dont le nomadisme les attire. Ils s’arrêtent parfois au réputé théâtre du Rond-Point à Paris.
Après trois jours à Tournai, ils planteront leur chapiteau, du 11 au 13 mars, sur le site de Tour&Taxis dans le cadre du "Cirque d’aujourd’hui" qui anime les Halles de Schaerbeek du 21 janvier au 31 mars. Une exploration du clown et du burlesque avec le corps pour agrès à savourer sans hésiter. (1)
D’autres temps forts aux Halles comme la première bruxelloise de "Infundibulum" par la Cie Feria Musica qui a remporté le succès escompté, et plus encore. A la grande joie de Philippe de Coen qui a pris plusieurs risques artistiques et financiers pour ce spectacle créé en octobre 2009 à Valenciennes. Pour la troupe bruxelloise, la rencontre avec "son" public était importante. La grande Halle - environ 400 places - fut pleine les quatre soirs de suite et de nombreux programmateurs ont été enthousiasmés par le projet. Dès lors, "Infundibulum" sera peut-être à la Tohu, lieu important de cirque contemporain à Montréal, sis près du Cirque du Soleil.
Plus expérimental, l’intrigant et Belge Kenzo Tokuoka livrait, en avant ou après soirée, son "work in progress" au monocycle mis en scène par l’Italienne Firenza Guidi. Habile acrobate, et fusionnel avec son mono, Kenzo, découvert dans "Carré curieux" joue de son androgynie avec humour et dextérité. Délicieusement ambigu. (2)
(1) Infos : 02.218.21.07 ou www.halles.be
(2) Ath, le 2 juin, au Festival "Sortilèges, Rue&Vous"
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