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Le roi est nu
Marie Baudet
Mis en ligne le 24/01/2012
Pour monter la tragédie composée par Shakespeare en 1606, "il faut oser se mettre à nu sous la tempête des sens", note Lorent Wanson. Le metteur en scène nous disait envisager "Le Roi Lear" comme le trajet d’un homme vers lui-même, vers le dépouillement (cf. LLC du 18 janvier).
Le travail scénographique de Daniel Lesage va dans ce sens, avec son dispositif en pente, sa perspective cernée de cordes rouges qui apparaissent tout à la fois comme des parois, les vaisseaux d’un organisme gigantesque, voire les limites d’un ring de boxe. C’est que l’humain est ici au combat. Lear, vieillissant, entend partager son royaume entre ses trois filles, en proportion de l’affection que chacune lui témoignera. L’éloquence des aînées Goneril (Delphine Bibet) et Régane (Sylvie Landuyt) est récompensée ; la retenue de Cordélia (Lindsay Ginepri), sa timidité au moment d’exprimer son amour filial lui vaudront d’être chassée et reniée par son père dont elle était pourtant la préférée. Le comte de Kent, fidèle ami du roi le mettant face à son erreur, sera à son tour banni - pour mieux revenir, sous un déguisement, en serviteur de Lear. Lui prête ses traits un Philippe Jeusette mémorable.
Jean-Marie Pétiniot est l’interprète subtil de ce monarque injuste et intraitable, qui d’abord espérait se défaire de sa charge tout en conservant les privilèges de l’autorité royale. Peut-on opérer une semi-transmission ? C’est l’une des questions que soulève "Le Roi Lear", que donne ici le Théâtre royal du Parc (en coproduction avec le Manège.Mons et le Théâtre Epique, compagnie de Lorent Wanson) dans une toute nouvelle traduction signée Françoise Morvan. Celle-ci, à la fois ample et concrète, contribue à rendre le propos plus intelligible sans rien sacrifier de sa poésie.
Lisible et plein d’échos apparaît bien le trajet de cet homme ambitieux et ambigu, confondant don et dû au risque de voir s’élever la révolte. De cet homme qui déchoit, comme roi et comme père, de ce vieillard qui perd, en même temps que sa légitimité face à la nation, sa raison et sa dignité d’homme, de cet être en route vers le dénuement.
Au fil du temps, sur le plateau, les cordes tombent et s’emmêlent, la structure se tord, gagnée par le chaos, et les pendrillons même disparaissent, laissant voir l’ossature du théâtre. Un art qui, tout en n’étant pas le sujet de la pièce, trône en son cœur.
Avec ses intrigues mêlées de sang, de rang et de pouvoir, ce "Roi Lear" peut aussi compter sur le Gloucester à fleur de peau de Julien Roy, et ses fils Edgar (le toujours juste Yvain Juillard) et Edmond l’illégitime (Benoît Randaxhe), aux côtés entre autres de Benoît Van Dorslaer et Loïg Kervahut.
Dédoubler le fou était un risque qu’a pris Lorent Wanson sans qu’on y voie de bénéfice pour l’ensemble, auquel en revanche le clavecin de Fabian Fiorini confère un beau surcroît de matière.
Savoir Plus
Bruxelles, Parc, jusqu’au 18 février, à 20h1 5 (le dimanche à 15 h). Durée : 3h env., entracte compris. De 5 à 25 €. Infos & rés.: 02.505.30.30, www.theatreduparc.be Mons, le Manège, du 28 février au 3 mars à 20h, et le dimanche 4 mars à 16h. Infos & rés.: 065.39.59.39, www.lemanege.com
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