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Elie Semoun, sans interdits
Marie Baudet
Mis en ligne le 16/02/2012
De passage en Belgique, il y jouera, fin mai, “Tranches de vies”.
Je ne suis pas un vulgaire raconteur de blagues." S’il devait se définir pour les rares personnes qui ne le connaissent pas, Elie Semoun commencerait par là. "Je ne fais pas de stand up, je ne joue que des personnages. C’est eux que les gens doivent voir, pas moi. Je ne fais pas des sketches pour dénoncer mais pour montrer l’âme humaine dans toute sa noirceur et sa splendeur." Par exemple ? "Un type très moche est très heureux : il a rencontré enfin la femme de sa vie. Qui est aveugle. Un type arrive en chaise roulante - pour aborder la situation des handicapés -, poussé par un nain. Un type est en train de coucher avec sa maîtresse quand soudain l’alarme se déclenche : toute sa famille et ses amis débarquent pour un anniversaire surprise "
Plus types qu’archétypes, ses personnages, donc. C’est que, pour Elie Semoun, "on ne peut pas rire avec le bonheur. Racontez l’anniversaire normal d’un mec normal, c’est peut-être sympa mais pas drôle. Les personnages de mon spectacle sont tous des gros losers, ils se prennent au sérieux sans en avoir les moyens. Au premier degré, c’est glauque. Faire rire avec le malheur, c’est tout le paradoxe, c’est mon truc, je le cultive."
La campagne pour les présidentielles est lancée, la crise n’a pas fini de faire parler d’elle : politique, social, ces choses-là comptent-elles pour l’homme de scène ? "Le contexte politique ne m’intéresse pas - pour ce qui concerne mes spectacles du moins", dit celui qui, né en 1963 en région parisienne, dans une famille juive d’origine marocaine, soutint les candidatures de Lionel Jospin en 2002 et de Ségolène Royal en 2007. Son terrain d’observation, c’est la société, "comme on le faisait déjà avec Dieudonné" dans les années 90, du temps de leur tandem corrosif - séparé depuis quinze ans. "Mes spectacles ne sont pas des meetings politiques. Surtout pas." Ce qui ne l’empêche d’y aller fort, au risque de choquer. Et en revendiquant pour les humoristes le rôle de bouffon, pour qui il s’agit de "faire rire et réfléchir en même temps, asticoter la société". Ce qui le hérisse, lui ? "Le racisme, très présent en France, insupportable : les gens se considèrent avec une grande méfiance. Tout cela est véhiculé par les politiques de droite, sécuritaires, et relayé par les médias, la télé. Je suis un observateur. Des racistes, des gens violents, des idiots, j’en vois. J’ai appris que l’homme peut être atroce. Je m’en sers pour faire rire."
Au fait, a-t-il des interdits ? "Je ne veux pas me foutre de la gueule des Arabes. Sinon c’est sans tabou. J’ai une sorte de carte blanche", sourit-il. Résultat : "Au Trianon (à Paris, où le spectacle est à l’affiche jusqu’au 17 mars, avant une importante tournée) , le public rit de lui-même en pensant rire de son voisin. En nous tous il y a un lâche, un menteur, quelqu’un de mauvaise foi." Pour autant, pour lui, la moquerie est réductrice.
Alors quelle est la recette, ou du moins l’ingrédient secret de son succès ? "On sait souvent pourquoi les choses ne marchent pas, et pas pourquoi elles marchent. Il ne faut en tout cas pas être méprisant. C’est un dosage entre humilité et prétention : avoir quelque chose en plus sans écraser l es gens. Sans oublier la simplicité."
Il n’oublie pas non plus de se donner sans compter. Car "Tranches de vies" est aussi "un spectacle très physique : je chante, je danse, je joue de la clarinette " Un spectacle coécrit avec et mis en scène par Muriel Robin. Il avait 19 ans quand survint leur "coup de foudre amical". Et ça dure. "Je lui fais confiance, elle a bon goût, elle a donné à mon spectacle de la tenue, elle sait ce qui est drôle. Quand ça passe par son tamis, je sais que ce sera élégant." Par ailleurs, note-t-il, "pour faire un sketch, il faut donner des codes, établir une situation". Un peu comme l’art de la nouvelle, en somme : dresser rapidement un tableau précis. "L’humour c’est sérieux, ça demande un boulot fou. On est des obsédés du mot juste, des maniaques de la tournure."
L’écriture fait partie de la vie d’Elie Semoun qui, à 17 ans, signait un recueil de poèmes, "Le Plaisantriste". L’est-il encore ? "Vous voyez la bossa nova ? Une musique triste et gaie. C’est exactement moi."
Charleroi, Palais des Beaux-Arts, mercredi 30 mai (de 33,50 à 47,50 €, tél. 071.31.12.12). Liège, Forum, jeudi 31 mai (de 33 à 47 €, tél. 04.223.18.18). Bruxelles, Cirque royal, vendredi 1er juin (de 38 à 48 €, tél. 02.218.20.15).
Infos & rés. : www.ticketnet.be
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