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Dracula est toujours là

Camille de Marcilly

Mis en ligne le 16/02/2012

Sofia Betz mord dans le mythe de Dracula pour interroger la superstition.
Entretien

L’excellente mise en scène du récent spectacle "De la nécessité des grenouilles" de Virginie Thirion, c’était Sofia Betz, comme "Visage de Feu" de Marius Von Mayenburg en 2007 et "Avaler l’Océan" de Jean-Marie Piemme en 2009. Aujourd’hui, elle s’empare du mythe de Dracula et signe une adaptation de l’œuvre de Bram Stoker avec Antoine Bours. Sur scène, neuf jeunes comédiens évolueront dans une scénographie de Sarah de Battice où les jeux d’ombre et lumière et d’apparition, disparition, nous plongeront dans une atmosphère mystérieuse.

Pourquoi le mythe de Dracula ?

Parce qu’il incarne l’idée que les hommes se créent les monstres pour légitimer leur besoin de violence. Dans le spectacle, pour se permettre de frapper leurs femmes, les hommes utilisent l’idée de la chasse au monstre comme excuse. Ils se permettent des excès au nom d’une idéologie qui n’existe pas. Il y a aussi un regard porté sur les discours sécuritaires du gouvernement, l’utilisation de la peur pour manipuler les masses.

Vous avez donc complètement remanié le texte.

Oui, tout est transformé. Il n’y a pas de Dracula dans le spectacle mais on garde tout à fait l’esprit du mythe. Le fait que Dracula soit absent met en relief la représentation du monstre dans l’esprit des personnages. Bram Stocker a écrit à un moment où les hommes tentaient de tout expliquer par la science et les technologies et donc d’effacer des croyances et des superstitions. Cette idée de l’ancien et du moderne, on l’a gardée. L’histoire du roman, c’est un jeune héros carriériste et ambitieux londonien qui se retrouve en Transylvanie, au milieu des Carpates, dans un monde régi par les superstitions qu’il ignore au début mais qui vont le rattraper. On a donc développé l’idée de la société hyperactive qui ne croit plus en rien mais qui reste très réceptive aux superstitions. Ces dernières années, il y a un regain d’intérêt pour le paranormal. La modernité n’a finalement pas effacé cela en nous. Les doutes existentiels font partie de l’être humain. On ne peut pas tout contrôler.

Pour la mise en scène, vous avez opté pour la sobriété ?

On a travaillé avec des tulles pour garder du mystère. Les éléments se répondent. J’ai travaillé sur une esthétique dandy très sobre, chic, il n’y a pas de dents ou de sang mais beaucoup d’ombres, de noir et blanc. Rien n’est explicitement montré sur scène. L’esthétique est contenue, pas l’imagination.

Savoir Plus

Bruxelles, Théâtre Le Public, jusqu’au 31 mars. De 8 à 25 €. Infos&rés. 0800.944.44. et www.theatrelepublic.be

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