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Critique
Bertrand Russell à temps partiel
Marie Baudet
Mis en ligne le 13/11/2009
Avec le lieu - qu’il commence à bien connaitre : tout récemment il y jouait encore les "Dialogues du Dom Juan" -, le comédien entretient une espèce de complicité qui se traduit dans la dramaturgie de son nouveau seul-en-scène. Le gradin pentu, l’escalier qui le borde et descend du studio de répétition au plancher sonore, sous les combles, le bois du plateau et la brique des murs du Théâtre de la Vie ne sont pas qu’un cadre, mais des partenaires. C’est dans cet esprit aussi que les lumières, créées par Bruno Smit, s’inscrivent dans la progression du spectacle.
Conçu et interprété par Dominique Rongvaux (qui signe aussi l’adaptation du texte original "In Praise of Idleness", paru en 1932) et mis en scène par Véronique Dumont, "Eloge de l’oisiveté" emprunte en partie à Bertrand Russell ses propos sur le travail, la valeur, le devoir, l’esclavage, le partage, l’oisiveté comme vecteur d’un monde plus juste. Sans être foncièrement didactique, le spectacle n’omet pas de présenter le philosophe, logicien et mathématicien britannique (1872-1970), pacifiste fervent, ce qui lui valut la prison pour antimilitarisme, en 1918, critique vis-à-vis de la religion et des institutions, favorable à l’union libre, Nobel de littérature en 1950.
Outre un fauteuil, un bureau et une chaise, le plateau porte un lutrin où trône son portrait. L’acteur lui emprunte complet et cravate, et dans les instants où il porte sa parole, adopte lunettes sur le front et pipe à la main. Un personnage, véritablement. Pour autant, ce discours n’oblitère pas le jeu. Car le présent solo n’est pas qu’un exposé rhétorique, voire historique : logique et ludique, il fourmille de détails, offre des découvertes (l’auteur Denis Grozdanovitch notamment, son "Petit traité de désinvolture" et en particulier un passage désopilant sur les mœurs des paresseux), flâne et gambade, sans jamais édulcorer la réflexion sur ce sujet terrible : le travail - qu’il déborde ou fasse défaut, ses conditions sont discutables.
Ainsi, d’autres citations que celles, élégantes et sensibles, de Russell, émaillent-elles cet "Eloge", du dictionnaire historique Le Robert à une fable de La Fontaine déclamée avec gourmandise, en passant par l’anecdote du Mexicain, son temps libre et les conseils qu’on lui prodigue. Sans oublier le parcours d’un acteur qui d’abord fut ingénieur commercial puis se lança dans l’audit avant de présenter son examen d’entrée au Conservatoire...
Tout cela, dans une mise en scène plutôt sobre mais jamais sombre, est mené avec allant, cultive l’humour et suscite une réflexion loin d’être superflue en nos temps de crise.
Savoir Plus
Bruxelles, Théâtre de la Vie, jusqu’au 28 novembre, à 20 h 15 (relâche dimanche et lundi sauf le 15/11, à 17 h). Durée : 1 h 10 env. De 8 à 12 €. Infos & rés. : 02.219.60.06
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