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Critique

Jeu, squash et match

Camille Perotti

Mis en ligne le 09/01/2010

Clément Manuel met en scène “Squash” d’Andrew Wayne : percutant !

Scénariste britannique pour le cinéma et la télévision - notamment de séries à succès comme "Pie in the sky" -, Andrew Payne interroge sans ambages les valeurs de l’homme du XXIe siècle, que ce soit pour l’écran ou pour les planches. Avec "Squash", il signe des répliques courtes et percutantes qui fusent telles les lourdes balles rebondissant sur le mur.

A l’Arrière-scène, le public est d’emblée plongé dans le match. Les deux comédiens, Clément Manuel et Charlie Dupont, échangent quelques coups tandis que les spectateurs s’installent sur les gradins disposés de manière bifrontale. Noir. Greg et Ryan se retrouvent chaque mercredi soir pour jouer au squash. Moment d’évasion et de "liberté" loin des contraintes professionnelles et familiales. Trentenaires, traders bourreaux de travail, ils ont tous deux "réussi" - du moins, ils l’imaginent -, femmes, enfants, argent, belles voitures, ils sont pourtant d’éternels insatisfaits, louchant sur la nouvelle voiture d’un collègue, en permanente compétition.

Dans les vestiaires, simplement évoqués par deux bancs et les sacs de sport, les deux amis d’enfance se confient tout jusqu’à ce que Ryan demande à Greg l’impossible : lui servir d’alibi pour rejoindre une femme.

Mise en scène avec un certain sens du rythme par Clément Manuel - jeune comédien et metteur en scène touchant - qui interprète également Greg, l’ami déchiré entre son amitié et ses propres valeurs, "Squash" ressemble à un revers qui fait mal sur fond de musique rock, créée par Greg Rémy, guistariste du groupe Ghinzu.

Bouleversant les certitudes et les repères sociaux, le personnage provocateur de Ryan - incarné par l’excellent Charlie Dupont, familier du petit et du grand écran - incarne une vision animale de l’homme, désirant assouvir ses fantasmes, soit une opposition entre l’ennuyeux mariage fidèle et une passion sexuelle enflammée, en résumé, l’amour et le sexe. Thème, d’ailleurs, abordé sans détours et avec force imagerie (ne pas emmener d’enfants, donc).

Dans un jeu très physique (nourri par le regard de Tania Gabarski), Clément Manuel et Charlie Dupont interprètent avec justesse les deux hommes plongés dans cette spirale infernale qui aborde plus de thèmes qu’il n’y parait - la peur de la solitude, la société fondée sur le mensonge, l’importance déviée de l’apparence et de l’argent Et l’air de rien, les acteurs tissent une tension dramatique, électrique qui, à la fois, les force à plus de vérité et de sincérité envers les autres et avec eux-mêmes mais aussi, les aveugle.

Un dialogue trépidant tel un portrait d’hommes de notre siècle, nourris de contradictions, opposant instinct et raison, jusqu’à la balle de match.

Savoir Plus

Bruxelles, L’Arrière-scène, jusqu’au 23 janvier à 20h30. Relâche dimanche, lundi et mardi. Durée : env. 1h30. De 8 à 12 €. Infos : 0484.213.213 et

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