La Libre.be > Culture > Scènes > Article
Critique
Exil et passion
Camille Perotti
Mis en ligne le 02/02/2010
Evènement pour le Théâtre-Poème ! Sous le nom "Poème 2", il ouvre ses portes au public avec "Les damnés", première création sous la nouvelle direction de Dolorès Oscari.
Souhaitant à la fois inscrire le Poème 2 dans la tradition du théâtre fondé par Monique Dorsel mêlant mise en scène et poésie et l’ancrer dans la modernité, Dolorès Oscari a choisi un texte inédit de William Cliff, "Les damnés", une pièce en deux actes et un épilogue, écrite en alexandrins prosaïques et offrant un regard subjectif sur les épisodes de la vie de Rimbaud et Verlaine en Angleterre et en Allemagne. Il a, en effet, orienté sa plume vers la misère du "couple infernal" et sa marginalité. Rimbaud, l’adolescent de 17 ans "aux semelles de vent" et Verlaine, le poète qui a quitté sa famille, poursuivent une quête de vie intense qui se refuse à eux. Seule illumination au cœur de ce "dangereux exil": la poésie.
La mise en scène de Dolorès Oscari traduit la violence sous-jacente par un jeu très physique. Violence du monde extérieur, de l’humidité londonienne ou du soleil qui darde ses rayons mais aussi violence des sentiments qui conduira les révoltés à se séparer à jamais, à Stuttgart. Pour porter à la scène les mots de William Cliff, Paul van Mulder et Grégoire Fasbender au jeu à fleur de peau incarnent avec talent Verlaine jaloux et asservi à son amour et Rimbaud, jeune homme fougueux et insatiable.
A l’errance de ce couple s’ajoute une troisième voix, celle du chœur, portée à la fois avec discrétion et fermeté par Franck Dacquin commentant et élevant presque l’histoire des poètes au rang de mythe à l’instar des tragédies grecques. La référence à la chrétienté n’est pas absente non plus des "Damnés" que ce soit dans le texte et ses "litanies", dans la notion de prière ou bien dans la mise en scène quand le parcours s’apparente à un chemin de croix.
D’ailleurs, Dolorès Oscari a truffé sa mise en scène de références malheureusement atténuées par différents éléments comme les génériques de début et de fin diffusés sur grand écran et l’image finale figurant William Cliff aux côtés de Rimbaud et Verlaine en tant que "damné". L’équilibre entre la langue et l’aspect visuel est toutefois réussi. Le peintre Dominiq Fournal, artiste associé pour la scénographie, a enrichi les courtes vidéos de peintures et motifs et a imaginé pour la scène une structure de métal mobile, représentant l’isolement psychologique et l’étroitesse des soupentes provisoires.
Fièvre, absinthe et puissance poétique du verbe teintent ces "damnés" intemporels.
Bruxelles, Poème 2, jusqu’au 14 février. Durée : env. 1h30, de 5 à 15 €. Infos : 02.538.63.58 et www.theatrepoeme.be. "Les cahiers du Poème 2" sont disponibles. Ils constituent un "accompagnement esthétique et didactique".
Le rire "communicatif" du...
François Fillon à Bruxelles
Le trophée de l'Euro 2012 se...
Il saute d'un hélicoptère...