La Libre.be > Culture > Scènes > Article
spectacle
La vérité sort du noir
Guy Duplat
Mis en ligne le 09/02/2010
Joël Pommerat, 46 ans, est sans doute le plus emblématique des auteurs-metteurs en scène du théâtre contemporain en France. L’originalité de ses mises en scène comme la singularité de ses textes ont petit à petit imposé son nom dans un paysage théâtral français jusque-là peu ouvert à ce type de théâtre. Il porte son attention, de manière poétique et politique, sur des thèmes actuels peu abordés au théâtre comme les relations dans l’entreprise.
Invité régulier du Festival d’Avignon, installé pendant trois ans par Peter Brook en résidence aux Bouffes du Nord, il a aussi noué une complicité particulière avec Jean-Louis Colinet au Festival de Liège comme au Théâtre national. Nous avons déjà pu voir en Belgique "Cet enfant", " Je tremble 1 et 2", " Pinocchio", "Les marchands". Il revient au National fin mars, avec "Le petit chaperon rouge" et, en avril, avec "Cercles/Fictions" qui passera d’abord les 13 et 14 mars par Maubeuge pour le festival Via. Nous l’avons rencontré aux Bouffes du Nord, à l’issue d’une représentation.
“Cercles” est non seulement le titre de la pièce mais aussi sa scénographie et l’espace mental dans lequel se trouvent les personnages. Ils tournent en rond.
Le point de départ est l’idée de mettre en situation des personnages perdus, plongés dans une quête pour se retrouver et retrouver le bon chemin et les bons repères. Le cercle, le "tourner en rond", s’impose alors. Quand on est perdu, faut-il aller de l’avant, l’issue est-elle par là? Ou faut-il un retour sur soi?
Dans une note d’intention, vous expliquez l’enjeu de la nouvelle relation au public qu’implique cette circularité. Vous dites aussi qu’orienter le regard du spectateur ne veut pas dire le rassurer, “cela peut aussi permettre de l’égarer”. Cette scène ronde est aussi un cirque où des gladiateurs vont mourir devant nous?
Elle figure la condition humaine. Nous sommes entourés par les autres et pourtant nous sommes seuls. Dans un tel dispositif, on touche le paradoxe de ce rapport intime et public à la fois: être perdu tout en étant entouré de manière si proche et pressante. Cette question de l’intime et du public rejoint, me semble-t-il, une réalité d’aujourd’hui.
Il y a aussi le cycle du temps. Votre spectacle saute d’un siècle à l’autre.
On n’ose pas tellement prendre cette liberté de se promener temporellement. Dans ce spectacle, même si je ne le déclare pas officiellement, il y a une volonté de décortiquer la relation entre les gens. Instaurer des temporalités différentes aux scènes et aux personnages permet de les faire entrer en résonance les uns avec les autres.
Une femme du XIXe siècle tente de changer les rapports sociaux, de les rendre “rationnels” comme diraient les sociétés d’audit.
Elle marque le passage à une modernité rationnelle des relations sociales: passer de la compassion à la compétence, dit-elle. C’est ce qu’a connu le monde du travail et de l’entreprise au XXe siècle mais cette modernité rationnelle qui paraissait encore, il y a dix ans à peine, la meilleure méthode, est sur le déclin. Elle est aujourd’hui en crise.
Votre spectacle est plein d’humour, mais aussi cruel. Le noir de la forme (l’obscurité) rejoint le noir des histoires.
Le théâtre mène à la cruauté. Il n’est pas là pour ouvrir des perspectives. Il est compliqué d’ailleurs de montrer des espérances. Je me contente de placer les gens dans une quête, dans un état de perdition. Le noir, l’obscurité qui revient permet les changements de plateaux certes, mais c’est aussi une couleur qui correspond à quelque chose d’important pour moi. Je me trouve du côté de l’ombre plus que de la clarté. Ce n’est pas pour rien que le nom de ma compagnie est Brouillard. Un apparent paradoxe est que la vérité sort plus de l’ombre que de la clarté.
Comment faites-vous ces changements de plateaux si magiques et rapides? On ne voit rien!
Dans tous mes spectacles, il y a ainsi des apparitions/disparitions, mais ici, à cause de la proximité avec les spectateurs, cela parait plus étonnant.
Comment avez-vous construit ce texte fait de petites histoires?
C’est le préambule du spectacle: tous les personnages, à l’exception d’un seul, sont vrais, authentiques. Toutes les situations sont authentiques et me concernent moi directement, ou bien sont parties prenantes de ce que je suis aujourd’hui. Je ne veux pas en dire plus. J’ai écrit ce texte jour après jour, non pas à partir des idées de mes acteurs mais parce que j’étais en contact avec eux. L’après-midi, on répétait, le matin j’écrivais. J’avais déjà commencé ce travail d’écriture plusieurs mois auparavant. Toutes ces histoires se recoupent et se croisent. Au théâtre, comme en poésie, quand on cherche à dire quelque chose, il est riche de multiplier les points de vue, de cerner le sujet par des petites scènes différentes. Le reste est un jeu de montage.
Vous avez, parmi vos huit acteurs, quatre formidables comédiens belges!
Jean-Louis Colinet m’avait invité à faire un stage au National en décembre 2008 avec des comédiens belges. A la sortie, j’ai pris ces quatre acteurs. Je me sens bien en Belgique, j’aime bien la qualité des relations qu’on y noue. Qualités artistiques mais aussi humaines. Il existe en Belgique une générosité, un vivre ensemble, une qualité d’écoute, une simplicité que j’apprécie.
Le rire "communicatif" du...
François Fillon à Bruxelles
Le trophée de l'Euro 2012 se...
Il saute d'un hélicoptère...