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Opéra

Emilie, trop seule sur scène

Nicolas Blanmont

Mis en ligne le 16/03/2010

Création à Lyon du nouvel opéra de Kaija Saariaho et Amin Maalouf. Beau sujet; traitement trop linéaire.
Envoyé spécial à Lyon

Dans toutes les institutions dont il a assuré la direction - Festival des Flandres, London Philharmonic et, depuis près de dix ans, Opéra de Lyon - Serge Dorny a eu à cœur de laisser une place importante à la création contemporaine. Et depuis qu’il a engagé Kazushi Ono comme chef permanent, le Belge a trouvé en la matière un partenaire de choix. Rien d’étonnant dès lors à ce que ce mois de mars soit, chez eux, consacré à la musique du XXe et du XXIe siècle : outre le peu connu "Tender Land" de Copland (lire ci-dessous), ils proposent la création française de "After Life" du Néerlandais Michael Van der Aa, mais aussi et surtout la création mondiale de "Emilie", quatrième opus commun de Kaija Saariaho et Amin Maalouf après "L’amour de loin", "Adriana Mater" et "La Passion de Simone".

On comprend l’empathie de la compositrice finlandaise avec son personnage central : mathématicienne et physicienne, Emilie le Tonnelier de Breteuil, Marquise du Châtelet (1706-1749), passa à la postérité non seulement pour avoir été la maitresse de Voltaire, mais aussi pour avoir défendu et propagé les idées révolutionnaires d’Isaac Newton, dont elle traduisit les "Principia Mathematica". La première grande femme de sciences française est campée ici dans les derniers jours de sa vie, alors qu’elle s’apprête à terminer sa traduction, mais aussi à donner le jour à la fille de son ultime amant, le trop distant Marquis Saint-Lambert : occasion de dresser le splendide portrait d’une femme moderne, tiraillée entre les affres de la maternité, le souci de marquer la postérité, le manque d’amour et la crainte de la mort.

Un sujet en or, mais dont le traitement laisse un peu le spectateur sur sa faim. Emilie est décrite ici dans la solitude de son cabinet de travail (très beau décor à la Schuiten de François Seguin), mais sous l’unique forme d’un long monologue sans réelle progression dramatique. Le metteur en scène François Girard n’y peut dès lors pas grand-chose, pas plus que Kazushi Ono qui, dans sa fosse, livre comme à l’habitude un travail extrêmement soigné et raffiné : comme la musique de Saariaho - sagement atonale avec une dimension spectrale, plus soucieuse de couleurs instrumentales que d’expressivité vocale, avec quelques brefs passages légèrement retraités par l’informatique - ne sort de sa linéarité que pour de trop répétitifs ostinatos, la monotonie ne tarde pas à s’installer.

La soprano finlandaise Karita Mattila - Finlandaise elle aussi, et pour qui Saariaho a voulu et écrit l’œuvre - a beau y mettre toute sa puissance vocale, avec un beau travail sur la diction française, le résultat n’échappe pas à l’ennui, nonobstant la brièveté (une heure vingt sans entracte) de l’œuvre.

Diffusion prévue le 29 mars à 20 h sur France Musique; www.opera-lyon.com

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