Abonnez-vous a La Libre Belgique

Opéra

Platée, la batracienne baroque

Nicolas Blanmont

Mis en ligne le 16/03/2010

Christophe Rousset s’attaque à la grenouille qui rêvait d’épouser Jupiter. Sur scène à l’Opéra du Rhin, puis en concert à Bruxelles.
Envoyé spécial à Strasbourg

Dis donc pourquoi ? Quoi ? Quoi ?"

: en composant en 1745 "Platée", "ballet bouffon en trois actes et un prologue", pour les fêtes du mariage du Dauphin avec l’Infante d’Espagne, Jean-Philippe Rameau signa une œuvre assurément atypique par sa structure, son mélange de tragique et de comique et son inventivité musicale et sonore, présente dans la musique tout autant que dans ces onomatopées de coassement qui l’émaillent. Certes, l’histoire des (fausses) noces de Jupiter avec la vieille naïade Platée, feintes pour exciter la jalousie de Junon, pouvait apparaitre comme légèrement irrespectueuse dans pareilles circonstances officielles, mais près de trois siècles plus tard, on se divertit toujours (et, parfois, on verse même une larme) en suivant les déboires de l’irascible batracien.

Chez nous, Marc Clémeur avait fait venir à l’Opéra flamand, voici près de dix ans, l’hilarante production montée par Marc Minkowski et Laurent Pelly à l’Opéra de Paris. L’œuvre revient, cette fois en version de concert mais à une date idéale par sa symbolique comico-piscicole, au Palais des Beaux-arts de Bruxelles, dans la foulée d’un spectacle actuellement à l’affiche de l’Opéra du Rhin - à nouveau à l’initiative de Clémeur ! - sous la baguette de Christophe Rousset.

La mise en scène est l’œuvre de Marianne Clément, figure montante de la scène lyrique française qui confirme qu’elle est une valeur à suivre (elle sera dans un mois à l’Opéra flamand pour "Giasone" de Cavalli). Certes, elle n’est pas la première à transposer l’action d’un opéra dans l’Amérique des années 50, mais le résultat fonctionne bien : irrésistible pantomime sur l’ouverture, rigaudons dansés façon West Side Story, air de la Folie et ses quadrilles transformés en programmes de télévision avec cowboys, indiens, météo, réunion Tupperware et lessives lavant plus blanc. On rit beaucoup pendant la soirée, même si cette inventivité permanente dans le comique ne laisse peut-être pas assez de place à l’émotion dont la partition de Rameau peint aussi le rôle-titre.

Platée, c’est le ténor Emiliano Gonzalez Toro, qui sait idéalement doser force et émotion pour donner toute la substance de son personnage. Si François Lys (Jupiter) et Judith Van Wanroij excellent également, tant scéniquement que vocalement, dans le rôle du couple divin Jupiter/Junon, on peut par contre avoir quelques réserves sur le Cithéron à l’articulation un peu pâteuse du Bulgare Evguenyi Alexiev, sur les aigus parfois incertains de Cyril Auvity (Mercure) et même sur La Folie, brillante mais à l’intonation pas toujours impeccable, de Salomé Haller. Jolie prestation aussi de notre compatriote Céline Scheen (L’amour puis Clarine), même si l’acoustique un peu sèche de l’Opéra de Strasbourg ne permet pas à sa voix d’y gagner toute sa plénitude. Rousset dirige le tout avec compétence, magnifiant chaque passage orchestral et insufflant plus d’une fois la tendresse qui fait défaut sur scène.

Strasbourg, les 16, 18, 20 et 22 mars à 20h; Mulhouse, Théâtre de La Sinne, le 28 à 15h et le 30 à 20h; Bruxelles, Palais des Beaux-arts, jeudi 1er avril à 20h; www.bozar.be, 02.507.82.00.

Diffusion en direct le jeudi 18 mars sur www.arteliveweb.com puis pendant six mois sur le même site.

Autres Informations

Facebook

À ne pas manquer

ESSENTIELLE

Retrouvez toute l'actualité féminine, mode et bien-être sur le site essentielle.be

Voyages

Destinations exclusives et parcours culturels.

Emploi

Trouvez un job

Haut de page