Scènes

Auteure, programmatrice du Jacques Franck pendant 30 ans, cofondatrice de Noël au théâtre, elle allait avoir 71 ans.

Son cœur, qui a tant battu pour le théâtre et les artistes, s’est arrêté lundi soir, à la veille de fêter en famille son anniversaire et celui de son compagnon de route et de vie, le scénographe Jean-Claude De Bemels.

Bercée de théâtre dès l’enfance, fille d’enseignants qui sont aussi comédiens amateurs, Catherine Simon étudie l’histoire de l’art et la pédagogie du français, de l’histoire et du latin, tout en suivant en parallèle une formation artistique. Après avoir enseigné pendant plusieurs années dans une école technique, elle entre au Théâtre de la Vie en 1979, où elle participe à la création du “Bestiaire des Gueux”. Elle travaillera ensuite pour le Théâtre de la Guimbarde, dont elle sera un temps administratrice, pour le Théâtre Isocèle, le Musical possible… En 1982, elle devient présidente de la CTEJ (Chambre des théâtres pour l’enfance et la jeunesse) et le restera pendant 15 ans. On la retrouvera aussi au Conseil du théâtre pour l’enfance et la jeunesse, parmi les membres de la Commission de la danse, ou encore dans le CA du Théâtre Varia depuis sa création. Autant d’instances où l’acuité de son regard, l’assiduité de sa présence, son attachement indéfectible à la qualité font autorité.

Mue par la rigueur et la passion, Catherine Simon devient en 1983 programmatrice de danse, théâtre et jeune public au Centre culturel Jacques Franck, à Saint-Gilles – jusqu’à sa retraite, en 2013. Elle a également assuré la programmation jeune public du Varia pendant neuf saisons, celle du Centre culturel des Riches-Claires, de L’L. Et créé en 1990 sa propre structure Quoi d’Autre, qui coordonne des projets pour la jeunesse.

Convictions, rigueur et curiosité

“On ne fait pas du théâtre pour les enfants et les adolescents si on n’a pas une foi indéfectible en l’humanité, si on ne croit pas un tout petit peu que, par l’art, on va pouvoir ‘sauver’ un petit bout de cette humanité, lui ouvrir l’esprit, lui donner envie de faire un pas en plus”, écrivait Catherine Simon dans l’ouvrage collectif “Théâtre et marionnettes pour l’enfance – Créa Théâtre 1978-1998”.

Des convictions, de la rigueur, de l’ouverture d’esprit et un brin d’utopie, il en fallait aussi pour imaginer Noël au théâtre, dans la foulée d’une exposition de scénographie jeune public à la Bellone, en 1982. Le festival a grandi, évolué et demeure un des rendez-vous majeurs du théâtre jeunesse au cœur de l’hiver, comme par ailleurs les estivales Rencontres de Huy.

"Je viens d'apprendre, avec beaucoup d'émotion, le décès de l'amie Catherine Simon. Le 18 juillet, elle était encore des nôtres à Avignon, publiait lundi sur Facebook l'éditeur Émile Lansman. L'après-midi à la maison Jean Vilar pour une rencontre avec quatre auteurs, donc Céline Delbecq, et le même soir, à l'Eldoradôme pour une "Petite lecture au clair de lune". Catherine et moi, c'était près de 40 ans de compagnonnage autour du théâtre jeune public belge et étranger. Auteure, metteure en scène, formatrice et surtout programmatrice au Jacques Franck durant de longues années, Catherine constituait, avec quelques autres, la mémoire de ce TJP belge [...]. Je me sens bien seul aujourd'hui !"

© Émile Lansman

Si la reconnaissance du secteur jeune public en Communauté française, son développement sur les scènes et jusque dans les écoles ont été ses chevaux de bataille, Catherine Simon était animée d’une curiosité peu commune pour tous les arts vivants – jeunes auteurs, formes inédites, sujets sensibles, artistes émergents ou reconnus – à la rencontre desquels elle parcourait théâtres et festivals, ici et ailleurs, sous le soleil d’Avignon (le conseil de programmation de Doms tenait en grande estime ses arguments précis) ou le crachin d’Ostende (à l’affût toujours des découvertes au Theater Aan Zee).

Difficile d’imaginer qu’on ne croisera plus, au fil des saisons, celle qui nous prouvait sans relâche que la spécialité n’oblitère pas la personnalité ni n'exclut la sensibilité, et qu’un regard professionnel peut être à la fois pointu et bienveillant.

Catherine Simon allait avoir 71 ans ce 9 août.

Son inhumation aura lieu dans l’intimité. "Nous voudrions organiser une soirée d'hommage à la rentrée, date et lieu à déterminer", indique son fils, le vidéaste et plasticien Antonin De Bemels.