Scènes

Le Raoul Collectif, après le triomphe (150 représentations) de son premier spectacle « Le signal du promeneur », a réussi le délicat virage vers un second opus. « Rumeur et petits jours » parvient à nouveau, à marier la réflexion politique sur le malaise de notre civilisation avec une mise en scène drôle, foutraque, peine de surprises. On rit et on réfléchit.

Même si parfois le spectacle doit encore se roder et s’affiner, on retrouve avec un grands plaisir les cinq jeunes acteurs-auteurs-metteurs en scène du collectif : Romain David, Jérôme De Falloise, David Murgia, Benoît Piret, Jean-Baptiste Szézot.

Ils sont nés sous les années Thatcher et ont assisté au triomphe de ses idées qui ont envahi le monde. Elle disait : « La société n’existe pas, il n’y a que des hommes, des femmes et des familles ». Elle signait la fin du collectif et de la solidarité au profit d’une logique ultralibérale qui fait croire que l’existence est une compétition où chacun est en concurrence avec l’autre. Mais, ajoute le Raoul, c’est un leurre car dans ce jeu-là, certains gagnent et d’autres perdent.

Comment encore réagir ? Y-a-t-il une alternative ?

L’existence même du Raoul collectif où tout est fait ensemble sans hiérarchie, est une réponse qui démontre être efficace. Le collectif permet, comme disait Michaux, « faute de soleil, de mûrir dans la glace ».

Ne croyez pas que cela donne lieu un spectacle pontifiant, c’est le contraire, même s’ils ont étudié longtemps les bases du malaise.


La belle Tina

Sur scène, tout commence par une table où sont alignés cinq animateurs d’une émission radio qui sera rayée des programmes. Ils s’invectivent et se battent dès que les micros sont coupés, entre « néocons » et « gauchistes » Image mordante et drôle des débats télévisés où les saillies et les coups bas tiennent lieu d’arguments intellectuels. Le débat médiatique est vain comme le décor qui se déglingue sous nos yeux, la table s’écroule, le spot s’effondre.

Ou alors on nous parle longuement des animaux qui vont disparaître avec comme seule question « combien ça coûte ? », omniprésence de l’argent, dieu universel.

Benoît Piret transformé en grande blonde est présenté comme « Tina », une pure idée imposée par le système, un acronyme qui signifie « There Is No Alternative ». Elle est la victoire suprême du capitalisme qui a pu faire de chacun son propre maître pliant sous cet adage répété comme un mantra. « Il y a bien eu le vote en Grèce, j’étais partie boire un café, explique Tina, mais vite je suis revenue. » Sur scène, on tente en vain de la tuer d’un coup de révolver.

Il y a l’allégorie du cheval et de la vache broutant dans un même pré. Ils s’entendent bien mais que se passe-t-il quand l’herbe manque ?

Les joyeusetés de mise en scène abondent: les chansons belles et trop peu nombreuses, le sable rose jeté en l’air, la vache et l’âne chassant mutuellement leurs mouches, la lampe rouge comme un signal indiquant une porte de sortie possible.

« Rumeur et petits jours », au Théâtre National jusqu’au 28 novembre, ensuite en tournée.