Scènes

Pour le dramaturge et metteur en scène japonais, fondateur de la compagnie Chelfitsch, le Kunstenfestivaldesarts a été un révélateur, un tremplin sur les scènes européennes. "Time’s journey through a room" est le huitième spectacle que Toshiki Okada (né en 1973) montre sous nos cieux depuis 2007.

"Brosser le tableau de la relation entre les vivants et les esprits", voilà l’envie qui a guidé l’homme de théâtre pour la pièce à découvrir de mardi à jeudi encore au Beursschouwburg. La réalité du tourment, la tentation de l’oubli habitent ce voyage immobile pour trois âmes. Une jeune femme, annonçant son entrée prochaine dans l’appartement simplement figuré sur scène, convie les spectateurs à fermer les yeux un bref instant, transition douce vers un passé proche : 2012, annonce l’écran. Un homme, assis, tourne le dos au public. La femme qui s’avance vers lui n’est pas - pas encore - celle qui nous a prévenus. Silhouette gracieuse et sobre, elle égrène les souvenirs, interroge ceux de cet homme, revit en mots ce jour-là, celui du tremblement de terre, de la peur, de l’angoisse, mais aussi du début d’une vie nouvelle et meilleure : ces sentiments mêlés dans le chaos de la catastrophe.

Un souffle dans les rideaux, une ampoule qui s’allume par intermittence, un grésillement persistant, une sonnerie passagère… Objets, mouvements, sons disent, du quotidien, à la fois l’éphémère et la durée, la persistance et l’usure. Les mots, ciselés dans l’ordinaire des jours, agissent comme un philtre, une mélopée, un récital proche du murmure, tout en ouvrant des abîmes, en révélant des fantômes, en osant frôler les solitudes. Touchant, mystérieux, sensible, le théâtre contemporain japonais se donne à voir ici dans sa très belle et troublante pureté.

"Web of trust"

Autre habituée du Kunsten, Edit Kaldor - artiste hongro-américaine basée à Amsterdam - propose avec "Web of Trust" une interface écran/scène révélant la phase de test d’un réseau d’entraide ouvert à quiconque y exprime un besoin, voire une détresse. Le groupe qui se constitue en ligne (et sous nos yeux, voire sur nos écrans connectés via weboftrust-beta.org) contribue à la communauté tant dans la formulation de ses principes que dans la construction d’une solidarité ramifiée et alternative. Passionnant sur le fond, et inscrit dans un processus long de recherche mené par l’artiste, le projet peine à ce stade à s’émanciper de sa forme encore floue.


Éclatante ouverture

Le long week-end enluminé d’une météo propice à la flânerie sur gazon voire à l’escapade allait-il servir ou grever le lancement du 21e Kunstenfestivaldesarts ? Vendredi 6 mai, la foule des grands soirs débordait des Brigittines (QG du festival cette année) jusqu’au skatepark voisin, s’enthousiasmant de la performance orchestrée par Léa Drouet - de jeunes skateurs s’élançant dans un cercle de feu -, puis s’avançant, nourrie de frites, abreuvée de bières et portée par le rythme balancé par les DJ, dans la douce nuit de mai. 

Ainsi lancé , le KFDA millésimé 2016 peut déjà se féliciter d’un haut taux de réservations. Salles remplies (fût-ce par un radieux dimanche après-midi), échos positifs, appétits en éveil, professionnels nombreux mais aussi public diversifié (et rajeuni, insiste le directeur Christophe Slagmuylder) circulant d’un lieu et d’une proposition à l’autre : de quoi rasséréner Bruxelles. Et la conforter dans sa position de phare pour les arts vivants.


"Time’s journey through a room", encore les 10, 11 et 12 mai au Beursschouwburg. En japonais surtitré fr/nl. Le spectacle de Toshiki Okada sera joué en septembre dans le cadre du Festival d’Automne à Paris.

"Web of trust", encore du 12 au 15 mai au Théâtre de la Vie.

Kunstenfestivaldesarts, Bruxelles, jusqu’au 28 mai. Infos & rés.: 02.210.87.37, www.kfda.be