Avignon, côté jardin des Doms

Laurence Bertels, Envoyée spéciale à Avignon Publié le - Mis à jour le

Scènes

Avec ses remparts, son festival intra-muros et sa célèbre Cour d’honneur du gothique Palais des Papes, érigé au XIVe siècle, le nom d’Avignon évoque souvent les vieilles pierres blanchies par le soleil du pays, la chaleur écrasante, la foule bigarrée et l’animation continue. Il est pourtant des coins et recoins dissimulés entre deux ruelles, des cours intérieures ornées de platanes et des jardins cachés au pied du Rocher. Tel celui des Doms, le théâtre de la Fédération Wallonie-Bruxelles créé voici dix ans maintenant, un navire bien ancré, repaire non seulement des Belges, mais aussi des programmateurs étrangers en quête de créations intéressantes et novatrices.

"Du Théâtre de l’Escalier des Doms au Théâtre des Doms, on va maintenant aux Doms ! Nom générique et suffisant pour désigner un lieu vital pour la vie avignonnaise et plein de vitalité par sa programmation éclectiquement belge", écrit Michèle Villon, journaliste marseillaise dans "Théâtre des Doms, 2001>2011, le voyage d’une décennie". Un livre témoin, une trace voulue par le PAC (Présence et action culturelles), troisième volume de la collection "Les voies de l’action culturelle", un écrit conçu en vue de laisser une trace dans la sillage du navire.

Dirigé par Philippe Grombeer pendant dix ans et désormais par Isabelle Jans et Hervé d’Otreppe, les Doms se sont en effet taillé une solide réputation côté programmation et sont devenus une balise essentielle du Off et de son millier de spectacles par jour ! Que l’on soit à l’affût de théâtre contemporain et universel ("La nostalgie de l’avenir" par la Cie Defilé, notre photo), de jeune public ("Ilo" par Chaliwaté), de nouveau cirque grâce au Temps de cirque en France, focus particulier cette année en partenariat avec Midi-Pyrénées, ou encore de texte ("Childéric" par Eric Durnez, magistralement interprété par Thierry Hellin), on y trouve, en général, son bonheur. Et les artistes, malgré la fatigue du festival, durant lequel ils doivent jouer chaque jour, mesurent leur grande chance d’être là. Pour mémoire, "Dialogue d’un chien avec son maître sur la nécessité de mordre ses amis" de Jean-Marie Piemme a connu deux cent cinquante dates suite à son passage aux Doms, cette véritable rampe de lancement. Les artistes se bousculent donc au portillon pour que soit retenue leur candidature. Triés sur le volet, les spectacles présentés en ce havre de paix et de créativité sont gages de qualité et l’on peut, foi de festivalier, y passer la journée sans s’ennuyer une seconde. Comme tous les ans, quasiment.

Voilà ce que raconte aussi, à sa manière, sous forme de témoignages et d’entretiens réalisés par Régis Duqué, le livre consacré aux Doms et présenté lors de la séance inaugurale du festival 2012 de l’antenne belge d’Avignon, en présence de Rudy Demotte, ministre- Président de la Fédération Wallonie-Bruxelles, qui se devait d’être là, bien sûr. Même si sa présence aura sans doute été moins remarquée que celle de François Hollande et de sa chère et... tendre. Et si l’artiste Jean-Michel Frère raconte dans cet ouvrage comment il s’est, à l’époque, insurgé contre les conditions des artistes belges à Avignon, un coup de gueule qui aurait contribué à la création du théâtre. Si Jean-Marie Wynants, journaliste au "Soir", rappelle qu’on décrivait l’endroit, au départ, comme "petit, moche et mal situé", Philippe Grombeer, ancien capitaine du navire, insiste sur son rôle de passeur et sur l’importance de "prendre position, son temps, son pied..., prendre et beaucoup donner" avec une générosité qui lui ressemble.

Théâtre des Doms, 2001>2011 : le voyage d’une décennie, PAC éditions.

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