Scènes

Isabelle Dumont et Jacques André ont installé leur laboratoire scénique à la Balsa. Ils y mettent en lumière une matière complexe et passionnante. Critique.

Donner une première devant quelques douzaines de lycéens et une pincée d’"adultes" : voilà le défi auquel se sont mesurés Jacques André et Isabelle Dumont, jeudi après-midi. Dans la petite salle, des tables sont couvertes de documents, boîtes et flacons. Sur le réchaud, un bortsch mijote. Et au pied de l’écran, une carte du monde attend son heure. 

Jacques André aux fourneaux et aux bocaux.
© Théodore Markovic

Familière depuis quelque temps des formes apparentées aux cabinets de curiosités, la comédienne et dramaturge Isabelle Dumont s’est ici choisi un complice en la personne de Jacques André (réalisateur, performeur, metteur en scène, concepteur de dispositifs multimédias…). Un dialogue s’installe donc entre la Narratrice et l’Expérimentateur - bien que leurs rôles se mêlent - après l’introduction chantée par elle : "O multitude, my sweetest choice", paraphrasant l’air de Purcell "O solitude". "La solitude est-elle encore de mise avec les bactéries ?" C’est à la rencontre de cette multitude d’êtres invisibles qui non seulement coexistent mais interagissent avec nous que le duo entraîne le public. 

"Notre rencontre
est la symbiose
de la curiosité
que nous partageons
pour l'invisible"

Jacques André et Isabelle Dumont

De notre corps - qui contient dix milliards de bactéries, soit dix fois plus que de cellules humaines - au large panel des aliments fermentés (cartographie incluse et dégustation en prime), en passant par le rappel historique des découvertes en microbiologie, par la figuration des bactéries à l’œuvre dans les champs où vivent les vers de terre, poussent les légumineuses, ruminent les vaches, ou encore par l’art… les chemins qu’emprunte "Bacteria Mundi" sont divers, illustrés par l’exemple, étayés par le discours, habités par la présence des deux performeurs qui se sont donné pour mission de transmettre leur curiosité. Mais aussi de contrer la peur et le dégoût que suscitent encore trop souvent ce que leurs tout premiers observateurs, au XVIIe siècle, appelaient "animalcules"

Isabelle Dumont et le tour du monde des aliments fermentés, présents sur tous les continents, dans toutes les cultures : du ketchup au nuoc mam (sauce de poisson thai), de la choucroute aux olives, du vin au kimchi.
© Théodore Markovic

Pathogènes pour certaines, vitales pour la plupart, les bactéries nous prouvent que "nous ne sommes ni les maîtres ni les possesseurs de la nature", souligne le duo, dans une conférence-performance aussi ludique que généreusement didactique. Et dont l'habile dramaturgie balise le parcours dans cette abondante et passionnante matière.

  • Bruxelles, Balsamine, jusqu’au 17 mars, à 14h et 20h30, samedi à 20h30. Infos & rés. : 02.735.64.68, www.balsamine.be 

© Balsamine