Scènes

Chanter à Broadway sur la guerre en Irak, l’idée n’avait rien d’évident, mais en choisissant l’angle du renseignement, des auteurs ont relevé le défi.

"Baghdaddy" a entamé son parcours le 1er mai sur le circuit "Off-Broadway" (celui des productions plus modestes). Ce spectacle évoque l’histoire vraie d’un transfuge irakien, dont les allégations concernant l’arsenal irakien ont servi de justification à l’administration Bush pour envahir l’Irak en 2003.

"Si vous mettiez ‘Hamilton’(comédie musicale la plus prisée du moment) et ‘The Office’(série humoristique sur le monde du travail) dans un mixer, vous obtiendriez ce spectacle", explique le producteur Charlie Fink.

Le récit s’inspire de l’histoire d’un Irakien qui, en échange de l’asile politique, proposa à l’Allemagne des informations confidentielles sur un programme d’armement supposé du régime de Saddam Hussein. Les Allemands informèrent la CIA, au sein de laquelle des agents, poussés par l’ambition, et le gouvernement virent l’opportunité de sortir du lot avec cet informateur - qui les manipula. Ses informations justifièrent la guerre en Irak, qui causa la mort de plus de 4 500 soldats et d’au moins 173 000 civils - sinon plus.

Pour le producteur, le ton humoristique permet d’"ouvrir les esprits et les cœurs. Nous pouvons alors amener du fond, de la personnalité et un message." Il a fallu dix ans pour monter la pièce. Mais l’élection de Donald Trump la remet au goût du jour, en toile de fond, la menace d’un conflit armé avec la Syrie ou la Corée du Nord. Le soir des avant-premières de "Baghdaddy", le 6 avril, a coïncidé avec le bombardement américain en Syrie. Le récit n’est pas sans évoquer les fausses informations ou "fake news", présentes aujourd’hui dans le débat.