Scènes

Crinière blanche, yeux acier, sourcils méphistophéliques, Benno Besson, ce grand monsieur du théâtre, parle avec la simplicité de l'évidence. Il constitue à lui seul un fragment de l'histoire du théâtre au XXe siècle: élevé au sein de la Schauspielhaus de Zürich où s'étaient donné rendez-vous les grands artistes allemands chassés par le nazisme, metteur en scène du premier spectacle du Berliner Ensemble fondé par Bertolt Brecht en 1949, il travailla à ses côtés jusqu'à sa mort en 1956.

Directeur ensuite du Deutsches Theater à Berlin, il dirige la Volksbühne à partir de 1969 avant d'entamer une carrière de metteur en scène indépendant. En 1976, grâce à la première de trois mises en scène dans la Cour du Palais des Papes au Festival d'Avignon, il retrouve sa langue maternelle, le français, après une `absence´ de près de vingt-cinq ans. Il ne la quittera plus.

De Victor Hugo, il n'a monté qu'une seule autre pièce, `Mille francs de récompense´ - elle aussi tirée du `Théâtre en liberté´. `Il y a une tradition de condescendance vis-à-vis de Hugo dans le monde littéraire français que je trouve parfaitement injustifiée. C'est un auteur puissant, généreux, avec une dimension universelle. Davantage que Shakespeare, il me fait songer à Sophocle. Il est d'une totale actualité: il y a dans le propos de Mangeront-ils? une foule de choses qui hurlent aujourd'hui!´ Sur l'utilisation généralisée du masque dans le spectacle, il précise: `Pendant longtemps on n'a joué que masqué au théâtre; cela rappelle qu'il s'agit d'un jeu avec la réalité, pas d'une copie de la réalité. Le masque donne l'identité du personnage et gomme celle de l'acteur. Paradoxalement, il protège le comédien tout en l'obligeant à aller plus loin.´ Sur la poésie et les vers: `Il faut en débusquer la signification concrète. Le mot n'est pas la chose, mais une image de la chose. La poésie s'occupe plus particulièrement de donner voix à l'indicible. Il importe de ne pas la trahir...´

© La Libre Belgique 2002