Scènes

Orgue, chef, orchestre, concerto, piano : vendredi, au Bozar, tout était inaugural

Que Dider Reyders, ministre de tutelle des institutions culturelles fédérales, prît la parole pour introduire le concert (et même en présenter les œuvres et les musiciens !) donna déjà le ton : la triple ouverture de la saison de Bozar, de la saison de l’Orchestre National de Belgique - rebaptisé Belgian National Orchestra - et du festival InOrguration, dédié au nouvel orgue de la grande salle Henry Le Bœuf, se devait de marquer les esprits. Objectif atteint et dépassé, avec une cascade d’heureuses surprises, à commencer par la découverte tant attendue (cinquante ans quand même…) du fameux instrument, où qu’il soit aujourd’hui, Harry Halbreich doit être content.

Cela méritait bien une création mondiale : ce fut celle du « Concerto pour orgue et orchestre » de notre compatriote Benoît Mernier, avec Olivier Latry – titulaire de l’orgue de Notre Dame de Paris – en soliste, bien visible au centre de la scène, aux prises avec quatre claviers, un pédalier et un tableau de bord digne de la NASA. Quant au NBO (cité plus haut), il se produisait pour la première fois sous la direction de son nouveau directeur musical, l’Américain Hugh Wolff. Œuvre festive en trois mouvements, le concerto de Mernier s’ouvre sur une fanfare éclatante destinée à enchanter et à étonner l’écoute par un jeu subtil sur les similitudes et les oppositions de timbres entre l’orgue et l’orchestre. Avec, en axe moteur, une organisation harmonique fouillée, intimement reliée au rythme (on songe à Ligeti), balisée par quelques sublimes résolutions, telle la fin du deuxième mouvement, et prenant fin, après une cadence d’anthologie, sur un « perpetuum mobile » étourdissant. Ovationné, Latry offrit en bis une version spectaculaire – et hilarante - de « La Danse macabre » de Saint-Saëns, dont on se peut rappeler qu’il fut le tout premier compositeur de cinéma de l’histoire…

De Ravel à Boulez

Après tant de claviers, de notes, de jeux, de boutons, de tuyaux, c’est à la seule main gauche de Pierre-Laurent Aimard – autre star de la soirée - que fut confiée la partie solo du concerto suivant, signé Ravel évidemment. Occasion de mieux suivre le travail de l’orchestre dont on apprécia le travail raffiné des plans sonores et des phrasés, et la qualité des solos, tout en observant un singulier défaut de pulsation commune, ou de « beat », réserve qui se vérifiera dans la 3e de Beethoven, donnée en seconde partie de concert. Mais Ravel disposait en Aimard d’un véritable démiurge : il fit de sa partie congrue un monument d’énergie, de tension et d’expression, envahissant bientôt tout l’auditoire de son impérieuse vision. Nouvelle ovation et, ici encore, un bis qui fera date avec quatre des « Notations » de Boulez, « une occasion de profiter des couleurs et de la transparence de ce magnifique piano », un Chris Maene construit pour Daniel Barenboïm et mis à a disposition du soliste ce soir là.

Le festival d’IrORGuration s’est poursuivi dimanche, avec, notamment, la création des « Dinckison Songs » du même Mernier, et verra ce soir la création de l’oratorio (futur opéra ?) de Bernard Fouccroulle : « Des enfers au paradis », retransmis le 29 septembre sur Musiq’3.


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