Scènes La tragédie de Racine se transforme en huis clos. Hannigan dans le rôle-titre.  Critique.

Est-ce la preuve de la force éternelle des alexandrins classiques, l’effet d’une extraordinaire mise en scène ou l’indice d’une certaine faiblesse de la partition ? Toujours est-il que Bérénice, l’opéra de Michael Jarrell d’après la pièce éponyme de Racine convainc plus encore comme objet théâtral pluriel que comme ouvrage lyrique.

Compositeur suisse juste sexagénaire, Jarrell signe ici son premier véritable opéra : sa Cassandre de 1994 réservait le rôle-titre à une actrice parlante (Marthe Keller). Il a eu la modestie de ne rien ajouter aux vers originaux et, bien sûr, de raccourcir le texte pour construire son livret, l’œuvre étant ici divisée en quatre parties qualifiées de "séquences". La règle des trois unités - d’action, de temps et de lieu - est respectée, même si la partition et, du coup, l’espace scénique sont divisés pour organiser l’action en trois lieux parallèles correspondant à chacun des protagonistes principaux. Côté jardin, on suit Bérénice, reine de Judée et sa confidente Phénice, seul personnage non chantant de l’opéra (l’actrice Rina Schenfeld, ne parlant qu’en hébreu). Côté cour, Titus, l’empereur de Rome qui voulait épouser Bérénice mais est contraint de renoncer à cet amour pour ne pas déplaire à son peuple, dialogue avec son confident Paulin. Au centre enfin, Antiochus, roi de Commagène, ami de Titus mais amoureux lui aussi de Bérénice, et son confident Arsace, sert d’intermédiaire ou assiste aux échanges du couple amoureux.

À part Bérénice (Barbara Hannigan) qui bénéficie de quelques ornementations plus lyriques, voire de quelques coloratures, l’écriture vocale de Jarrell ne met pas particulièrement les voix en valeur, sans heureusement les malmener. Les quatre protagonistes masculins (les barytons Bo Skovhus en Titus et Ivan Ludlow en Antiochus, la basse Alastair Miles en Paulin et le ténor Julien Behr en Arsace) maîtrisent parfaitement leur rôle, même si certains (Skovhus, surtout, dont le medium est peu présent) convainquent plus encore comme acteurs que comme chanteurs.

Absence de plaisir musical

Cordes moirées, cascades de percussions, attaques de cuivres, la partition dirigée avec soin par Philippe Jordan évoque une écriture sans surprise, fin XXe plus que véritablement XXIe. Mais l’absence de réel plaisir musical n’empêche pas un grand bonheur théâtral : c’est que Claus Guth se montre une fois encore extraordinaire directeur d’acteurs, capable par un geste ou une attitude de dire beaucoup sur ses personnages.


--> Paris, Palais Garnier, jusqu’au 17 octobre ; diffusion sur France Musique le 5 décembre à 20h ; www.operadeparis.fr