Scènes

Al’image de l’affiche et de la réputation qui le précèdent, "Limbo", spectacle australien phare du festival Kermezzo (o) dans le parc du Cinquantenaire à Bruxelles, joue la carte de la performance et du divertissement de qualité. Ou du cabaret Freak délirant avec cracheurs de feu tatoués et avaleuse de sabre en "shorty". Un spectacle qui multiplie les récompenses, qui s’est joué à guichets fermés durant le réputé festival "The Garden of Unearthly Delights" à Adélaïde, qui est resté cinq mois à l’affiche du festival Wonderground à Londres et que Madonna a vu deux fois. Ce sont sans doute le second degré et l’efficacité de ces acrobates menottés et musclés qui auront séduit la "madone".

Inscrit dans le registre du cabaret trash et coquin plutôt que dans celui du cirque contemporain, qui privilégie l’écriture, le sens et la poésie à la succession de numéros, "Limbo" ne laisse percevoir aucune fragilité, aucun temps mort. Le spectateur ne s’ennuiera donc pas une seconde sous ce chapiteau de bois rétro et convivial où l’on peut, si on le souhaite, s’attabler pour achever la bière ou la barquette achetée au "food truck" manouche voisin. Formule séduisante et ambiance bon enfant pour admirer des performances de très haut vol d’acrobates hyperperformants et sortis, pour certains, de l’ESAC (Ecole supérieure des arts du cirque). Les deux Français Mikaël Bres, au mât chinois et Aurélien Oudot aux contorsions confirment la réputation de l’école belge.

On frémit, on souffre, on ferme les yeux

Le premier numéro place d’emblée la barre très haut grâce à Aurélien Oudot capable de tourner, en même temps, le torse vers le sol et les jambes vers le ciel. Au prix de craquements d’os dont les bruits sont amplifiés. On frémit, on souffre, on ferme les yeux quelques instants… Ensuite, torse nu dans son pantalon noir à bretelles, le danseur de la troupe viendra faire un pied de nez à Fred Astaire grâce à quelques claquettes endiablées qui enchantent le public.

Un tel show ne pourrait s’envisager sans quelques coups de fouets pour parodier le cirque traditionnel, ni un galop à cheval de bois assurant le volet rires du spectacle. Les numéros de voltige à la perche - sans les jambes ni même parfois les mains ! -, et de mâts chinois laissent sans voix et suscitent quelques émotions surtout lorsque du haut de son mât, l’acrobate se lâche et s’arrête à… deux centimètres du sol. Le temps de reprendre son souffle et la dame aux sabres avale un néon rose avec une aisance déconcertante. Le tout, à l’envi, porté par une musique rock en live. Du pur bonheur pour les adeptes du genre.

Bruxelles, à 21h au parc du Cinquantenaire, jusqu’au 2 mai. Infos : www.kermezzoo.be